Un réveillon italien qui dérape
Dans le cadre d’un concours d’essais flash organisé lors d’une soirée « Memoir Prize » 2025, Gina Luongo partage un souvenir d’enfance qui, entre tradition culinaire et chaos domestique, a transformé le Noël de sa famille en une véritable comédie. L’auteure, reconnue pour ses chroniques dans The Globe and Mail et d'autres revues, raconte comment, un soir de la veille de Noël, un simple acte de ménage s’est mué en une scène digne d’un film burlesque.
Le décor : la lessive et le festin italien
Dans la maisonnée, la tradition du « Feast of the Seven Fishes » rythmait chaque réveillon : sept plats de poisson, du homard au calamar, en passant par le capitone frit, une anguille panée réservée aux aînés. Les enfants, fascinés par les odeurs salées, se pressaient autour de la table, mais l’anguille restait sacrée, jamais touchée par les petits. Ce soir‑là, la préparation était en pleine effervescence, tandis que les cousins arrivaient, les rires fusaient, et les odeurs de la mer envahissaient la cuisine.
La fuite inattendue de l’anguille
Au petit matin, l’auteur, alors âgé de onze ans, descendit vers la buanderie pour récupérer un seau et une serpillière. Soudain, des cris perçants résonnèrent : « Fermalo ! » hurlaient Zio Pasquale et Zia Domenica en italien, leurs voix tremblantes trahissant la panique. En ouvrant la porte, il découvrit une scène surréaliste : plusieurs anguilles noires tourbillonnaient furieusement dans les deux cuves de la lessive, éclaboussant l’eau et glissant sur le sol carrelé. L’une d’elles, plus vive que les autres, réussit à se faufiler sous la machine à laver et à disparaître derrière le sèche‑linge.
Le chaos et la tentative de capture
Les adultes, armés d’un panier à linge et d’une serpillière, s’engagèrent dans une lutte digne d’un western aquatique. Chaque coup de balai faisait glisser la créature, qui semblait se jouer d’eux avec une agilité presque humaine. Le petit narrateur assista, bouche bée, à ce ballet incontrôlable, le cœur battant au rythme des éclaboussures. Finalement, après plusieurs minutes d’efforts désespérés, l’anguille épuisée s’arrêta, glissa hors de son îlot glissant et fut saisie par le bras musclé de l’oncle chargé de la préparer pour le repas.
Une tradition qui se dissipe
Cette mésaventure laissa une empreinte indélébile dans la mémoire familiale. Le capitone frit ne fut plus jamais servi, la légende de « l’anguille glissante » se propagea et, surtout, le rituel du sept poissons perdit de son éclat. Aujourd’hui, chaque fois que la famille se réunit pour les fêtes, ce souvenir revient, rappelant que même les coutumes les plus ancrées peuvent se briser sous le poids d’un simple accident domestique.
Source: https://www.narratively.com/p/the-slippery-convict-had-us-sweating