Une découverte minuscule aux répercussions géologiques majeures

Dans les champs fossiles de Riversleigh, au nord‑ouest de l’Australie, des paléontologues ont mis au jour un ensemble de dents et de fragments de mâchoires appartenant à de très petits mammifères marsupiaux, à peine plus gros qu’une souris campagnarde. Malgré leur taille réduite, ces vestiges, âgés d’environ 18 millions d’années, ont révélé l’existence d’une toute nouvelle ordre de marsupiaux, jusqu’alors inconnue des scientifiques.

Des espèces inédites et un nouveau genre

Les chercheurs ont décrit trois nouvelles espèces, dont l’une porte le nom de Phantasmodon, littéralement « dent fantôme ». Ces créatures vivaient dans un environnement tropical dense, semblable à une forêt humide, et pesaient entre 25 et 200 grammes. Leur mode de vie était très probablement celui d’insectivore discret, se nichant dans le feuillage et se nourrissant d’invertébrés.

Un caractère singulier : la « knob centrale »

Le point de bascule de l’étude réside dans la présence d’une petite excroissance, appelée « knob centrale », située sur les mâchoires supérieures. Cette structure est pratiquement absente chez les autres marsupiaux australiens, mais elle se retrouve chez des fossiles plus anciens, comme Djarthia murgonensis, le plus vieux marsupial connu du continent, datant d’environ 55 millions d’années. Cette similitude porte les nouveaux spécimens dans un groupe distinct que les auteurs nomment Keeunamorphia, érigeant ainsi une nouvelle ordre taxonomique au même rang que les carnivores ou les opossums.

Une branche ancienne mais durable

Keeunamorphia représente l’une des premières ramifications de la lignée qui a donné naissance aux marsupiaux vivants aujourd’hui. La branche a perduré pendant plus de 35 millions d’années avant de disparaître au Miocène moyen. Cette longévité exceptionnelle suggère une adaptation réussie à divers habitats, avant d’être finalement supplantée par d’autres groupes plus spécialisés.

Un fil étonnant vers les Pays-Bas

Le même « knob centrale » apparaît également dans des fossiles européens, notamment chez les herpétotheridiens du début de l’Éocène en Belgique et chez le Maastrichtidelphys, un petit marsupial découvert dans la carrière d’ENCI à Maastricht. Ce dernier, vieux de 66 millions d’années, constitue le seul fossile marsupial européen clairement identifié du Mésozoïque. La présence de la même excroissance pourrait indiquer une parenté véritable, bien que les scientifiques restent prudents, la convergence évolutive étant une alternative plausible.

Limites et perspectives futures

Les auteurs soulignent que des dents seules peuvent parfois conduire à des interprétations erronées. Le caractère unique de la « knob centrale » pourrait être apparu indépendamment dans plusieurs lignées. De plus, les deux méthodes d’analyse employées donnent des résultats légèrement divergents quant à la localisation exacte de la première espèce de Keeunamorphia. Pour confirmer ces relations, il faudra dénicher des fossiles plus complets, incluant des squelettes entiers ou des crânes complets.

Cette découverte offre un aperçu fascinant de la diversité oubliée des marsupiaux australiens et crée un pont inattendu entre les continents, rappelant que les histoires évolutives sont souvent plus interconnectées qu’on ne le croit.

Source: https://scientias.nl/een-tandfossiel-linkt-australische-buideldieren-aan-een-fossiel-uit-maastricht/

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