Une créature étonnante du Trias

Des paléontologues américains ont mis au jour dans le désert du Nouveau‑Mexique les restes d’un reptile étrange, baptisé Labrujasuchus expectatus. Le nom, qui combine le vieux terme espagnol “Ranchos de los Brujos” (ferme des sorcières) avec le mot grec désignant le crocodile, évoque littéralement la « crocodile sorcière ». Cette désignation reflète son apparence hors du commun : un corps élancé, des membres antérieurs miniatures rappelant ceux d’un T‑rex et, surtout, l’absence de dents.

Un crocodile à deux pattes

Contrairement aux crocodiles modernes, qui se déplacent à quatre pattes ou glissent dans l’eau, Labrujasuchus était bipède. Il marchait sur ses membres postérieurs, ce qui lui donnait une posture ressemblant davantage à celle d’un dinosaure. Sa mâchoire était pourvue d’une petite rostre en forme de bec, dépourvue de toute dentition. Cette combinaison de caractères le classe dans la famille des shuvosauridés, un groupe d’anapsides qui a prospéré durant le Trias supérieur.

Une taille modeste mais un rôle clé

Sur la base du squelette fragmentaire découvert – comprenant une partie d’humérus, deux avant‑bras, des fragments du bassin, le fémur, les tibias, les péroniens et quelques vertèbres – les chercheurs estiment que l’animal mesurait environ deux mètres de long. Son corps fusiforme, ses membres fins et son crâne dépourvu de dents le font ressembler à un croisement entre un lézard géant et une autruche.

Un maillon manquant dans l’évolution des shuvosauridés

Avant cette découverte, seuls deux représentants du groupe étaient connus en Amérique du Nord : Shuvosaurus, découvert au Texas et datant d’environ 218 millions d’années, et Effigia, trouvé près de Ranchos de los Brujos et âgé d’environ 205 millions d’années. Labrujasuchus, quant à lui, se situe autour de 212 millions d’années, comblant ainsi un « trou de 13 millions d’années » dans le registre fossile. Cette continuité montre que, pendant des dizaines de millions d’années, la morphologie de ces reptiles est restée étonnamment stable.

Implications pour la compréhension du Trias

Chaque nouvelle espèce issue de cette période fournit des indices précieux sur les expériences évolutives qui précèdent l’avènement des dinosaures dominants. Les shuvosauridés, en tentant des stratégies telles que la bipédie et l’absence de dents, illustrent la diversité des modes de vie explorés par les archosaures. Certains traits, comme le bec édenté, seront plus tard repris par d’autres lignées, tandis que d’autres se sont avérés peu viables.

Des découvertes à venir

Les géologues estiment que les couches sédimentaires sous Ranchos de los Brujos recèlent encore de nombreux spécimens non encore mis au jour. La découverte de Labrujasuchus rappelle que la paléontologie continue de révéler des formes de vie inattendues, remodelant notre vision du passé lointain.

Source: https://scientias.nl/krokodillen-liepen-ooit-op-twee-poten-en-hadden-geen-tanden/

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