Une étude éclairante dans les Sundarbans
Dans le delta du Gange, les chercheurs ont suivi cinq crocodiles marins équipés de traceurs satellitaires afin de comprendre leur comportement après libération. Trois femelles, élevées pendant des années dans un centre de sauvetage, ont été remises à l’eau, tandis qu’un mâle sauvage a été capturé puis relâché au même endroit. Un quatrième individu, nommé Jongra, a quant à lui été transporté à plus de cent kilomètres de son lieu d’origine.
Le sens de l’orientation chez les crocodiles sauvages
Les crocodiles adultes capables de parcourir de grandes distances reviennent généralement à l’endroit où ils ont été capturés. Cette capacité de navigation rend difficile toute tentative de translocation, car les animaux ont tendance à regagner leur « maison » naturelle. Ainsi, les programmes de réintroduction de crocodiles sauvages connaissent souvent un taux d’échec élevé.
Quand l’animal a grandi en captivité
Le point central de l’étude était de déterminer si les crocodiles élevés sous escorte humaine percevaient leur ancien enclos comme un foyer. Les résultats sont encourageants : les trois femelles relâchées n’ont pas nagé vers leur ancienne zone d’enfermement. Elles se sont installées dans de petits territoires bien définis, affichant un comportement similaire à celui du crocodile sauvage suivi sur place. Cette adaptation rapide suggère que les individus élevés en captivité peuvent s’acclimater à un nouvel environnement sans revenir en arrière.
Un cas particulier : le voyage de Jongra
Jongra, le mâle déplacé à 132 km de son site d’origine, n’a pas atteint son point de départ pendant la période d’observation, mais il a parcouru chaque jour plus de 30 km en direction de son ancien habitat. Cette trajectoire montre que, même chez les adultes, le désir de retrouver son territoire d’origine persiste lorsqu’ils sont relâchés loin de celui‑ci.
Implications pour la conservation au Bangladesh
Les crocodiles marins sont quasiment disparus de la région à cause de la pression humaine. Aujourd’hui, on estime qu’il ne reste qu’une centaine‑quarante adultes dans les Sundarbans. Les tentatives antérieures d’introduction se concentraient sur de jeunes spécimens, dont le taux de survie était très faible. L’étude indique que la remise en liberté d’individus adultes ou presque adultes, élevés en captivité, pourrait être plus efficace, car ils sont moins vulnérables et s’établissent rapidement.
Il reste cependant des réserves : l’échantillon était limité à cinq animaux et les balises n’ont fonctionné que plusieurs mois. Un suivi prolongé est indispensable pour évaluer la réussite à long terme des réintroductions et l’impact sur la dynamique de la population.
Source: https://scientias.nl/deze-zeekrokodillen-keren-na-vrijlating-niet-terug-naar-hun-oude-verblijf/