Une découverte inattendue dans le parc naturel de Copia

Au cœur du parc naturel de Copia, dans la province de Son La, les chercheurs ont mis en lumière une petite créature qui avait échappé à toute attention jusqu’à récemment. Baptisée Hemiphyllodactylus ziegleri, cette gecko, à peine plus grande qu’une main, vient d’ajouter un nouveau chapitre à la taxonomie des lézards d’Asie du Sud‑Est. Son identification, fruit d’un travail de terrain mené en 2013‑2014, montre à quel point les habitats karstiques restent des réservoirs de biodiversité largement inexplorés.

Un processus scientifique méticuleux

Les biologistes ont d’abord recueilli quatre spécimens sur des rochers calcaires et même sur un poteau électrique planté au milieu d’un champ de maïs. Tous étaient perchés à une hauteur de un à deux mètres, ce qui rendait leur observation difficile. Pour confirmer qu’il s’agissait d’une espèce nouvelle, les scientifiques ont combiné plusieurs approches. D’abord, ils ont extrait l’ADN des individus et l’ont comparé à celui de dizaines de congénères appartenant au même genre. Les analyses génétiques ont révélé des divergences nettes, indiquant que H. ziegleri possède un patrimoine génétique distinct.

Ensuite, les spécialistes ont examiné les caractères morphologiques : longueur du corps, nombre de rangées d’écailles, disposition des pores et des lamelles des orteils. Ces paramètres, lorsqu’ils sont combinés aux données moléculaires, ont fourni une preuve irréfutable de l’existence d’une espèce jusque‑là inconnue.

Un hommage à Thomas Ziegler

Le nom de la nouvelle gecko rend hommage au professeur Thomas Ziegler, herpétologiste renommé pour son engagement de plus de trente ans en Asie du Sud‑Est. Au cours de sa carrière, Ziegler a décrit sept espèces du même genre au Vietnam et a joué un rôle clé dans la protection des habitats fragiles de la région. Ainsi, la désignation ziegleri est à la fois un hommage scientifique et une reconnaissance de son dévouement à la conservation.

Pourquoi ce petit lézard est-il si important ?

Premièrement, la découverte porte le nombre total d’espèces reconnues du genre Hemiphyllodactylus à 73, dont douze résident actuellement au Vietnam. Cela confirme que le pays constitue un véritable hotspot pour ce groupe de reptiles. Deuxièmement, la géographique restreinte du spécimen – il n’a été observé qu’à l’intérieur du parc de Copia, sur une superficie estimée à moins de 50 km² – souligne la fragilité de son habitat. Les karsts calcaires, caractérisés par leurs falaises escarpées, leurs grottes et leurs fissures, offrent un micro‑climat idéal à de nombreux petits invertébrés et vertébrés, mais sont souvent menacés par l’expansion routière et l’exploitation forestière.

En outre, la découverte met en évidence un biais méthodologique : les géckos de ce genre sont d’une taille réduite, se dissimulent efficacement et présentent une apparence très similaire entre espèces. Ce n’est qu’avec les avancées récentes en séquençage ADN que les scientifiques peuvent distinguer ces lineages cryptiques. Ainsi, la richesse réelle de la biodiversité karstique est probablement sous‑estimée.

Perspectives de conservation

Les chercheurs insistent sur la nécessité de protéger ce niche écologique. Le site subit déjà une pression croissante due à la construction de routes et à l’abattage d’arbres. En l’absence de données suffisantes sur la taille de la population, l’Organisation internationale pour la conservation de la nature (UICN) recommande un statut "Data Deficient" pour H. ziegleri. Cette classification souligne l’urgence d’études complémentaires afin d’évaluer son risque d’extinction et d’élaborer des mesures de sauvegarde adaptées.

En fin de compte, ce petit lézard illustre le potentiel inexploré des paysages karstiques du Vietnam. Chaque nouvelle espèce découverte renforce l’argument en faveur d’une gestion plus stricte des habitats menacés et d’un financement accru pour la recherche de terrain.

Source: https://scientias.nl/waarom-deze-nieuw-ontdekte-gekko-uit-vietnam-zo-belangrijk-is/

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