Des micro‑organismes inattendus au secours des récifs

Alors que les océans se réchauffent à un rythme alarmant, les récifs coralliens subissent une pression croissante. Certains spécimens résistent mieux aux pics de température, mais les raisons de cette résilience demeuraient obscures. Une équipe de chercheurs de NYU Abu Dhabi a mis en lumière un mécanisme surprenant : des bactéries vivant en symbiose avec le corail produisent des hormones capables de renforcer le système immunitaire de leur hôte.

Endozoicomonas, productrices de testostérone et de progestérone

Les bactéries du genre Endozoicomonas sont omniprésentes dans les tissus de nombreux coraux sains. Jusqu’ici, leur rôle était largement spéculatif. L’étude publiée dans Nature Microbiology révèle que ces micro‑organismes convertissent le cholestérol en deux hormones bien connues chez les vertébrés : la testostérone et la progestérone. Chez les coraux, ces composés ne sont pas liés à la reproduction, mais interviennent dans la régulation de la réponse immunitaire.

Expérimentations sur le terrain et en laboratoire

Les scientifiques ont prélevé des fragments de Acropora pharaonis dans le golfe d’Arabie, où les températures peuvent atteindre 34 °C. Ils ont comparé des coraux sains à ceux atteints du « white syndrome », une maladie caractérisée par la mort du tissu. Malgré la chute des précurseurs hormonaux à 34 °C, les concentrations de testostérone et de progestérone restaient détectables, suggérant une source externe.

En laboratoire, trois souches d’Endozoicomonas provenant d’Australie et de Taïwan ont été cultivées avec du cholestérol. Des analyses métabolomiques ont confirmé la transformation du substrat en hormones, la proportion variant selon la souche et la température ambiante. Cette plasticité indique que les bactéries adaptent leur production hormonale aux conditions environnementales.

Impact sur la défense du corail

Pour tester l’effet des hormones sur le corail, les chercheurs ont exposé des colonies d’Acropora downingi à 33 °C, en ajoutant soit de la testostérone, soit de la progestérone. L’analyse transcriptomique a montré une activation marquée des gènes associés à la protection cellulaire, à la prévention de l’apoptose et à la réparation des dommages. En d’autres termes, les coraux traités ont mobilisé une réponse immunitaire plus robuste que leurs homologues non traités.

Ces résultats suggèrent que les bactéries symbiotiques compensent la perte hormonale du corail sous stress thermique, offrant ainsi une bouée de sauvetage biochimique. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de conservation, telles que la manipulation microbienne ou l’enrichissement en hormones pour renforcer les récifs vulnérables.

Perspectives pour la préservation des récifs

Si les interactions hôte‑microbe peuvent être exploitées, il devient envisageable de développer des « probiotiques coralliens » capables d’accroître la tolérance au réchauffement. Toutefois, des études à plus grande échelle sont nécessaires pour évaluer les effets à long terme et les risques potentiels d’une manipulation du microbiome marin.

En définitive, la symbiose entre les coraux et leurs partenaires bactériens apparaît comme un facteur clé de résilience face au changement climatique, rappelant que la santé des écosystèmes dépend souvent de relations invisibles mais essentielles.

Source: https://scientias.nl/sommige-bacterien-helpen-koralen-met-het-overleven-van-hittestress/

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