Découverte d’un fossile exceptionnel
En 2023, une équipe internationale de paléontologues a mis au jour un spécimen d’une taille modeste, mais d’une importance capitale, dans la région de Binnen-Mongoli, au nord de la Chine. Ce reste, daté à environ 165 millions d’années, appartient à une espèce nommée Megacauda sungei, un docodonte qui vivait à l’époque où les dinosaures dominaient le paysage terrestre.
Un animal à la fois terrestre et aquatique
Mesurant à peine cinquante centimètres et pesant entre un et deux kilogrammes, M. sungei présentait une silhouette rappelant celle d’une loutre ou d’un ornithorynque. Sa fourrure courte et son corps aplati, ainsi que sa queue large et plate, indiquent une adaptation efficace à la nage. Les chercheurs pensent que l’animal utilisait ses membres antérieurs comme des rames, tandis que les pattes postérieures et la queue servaient à la propulsion et à la direction dans l’eau.
Des dents spécialisées pour la chasse sous-marine
Le crâne révèle des dents pointues, légèrement incurvées vers l’arrière, idéales pour saisir des proies glissantes telles que des poissons ou des salamandres. Les canines, dotées de trois racines, sont rares tant chez les docodontes que chez les mammifères actuels, suggérant une capacité accrue à percer et à retenir les aliments.
Une gorge étonnamment moderne
Le véritable choc réside dans la structure de la gorge. Grâce à des micro‑CT scans, les scientifiques ont pu visualiser des os minuscules entourant le palais et le os hyoïde, un petit os essentiel à la déglutition. La forme de ces os indique la présence d’un palais mou souple et de muscles puissants capables de pousser les liquides et les solides vers l’œsophage, un mécanisme que l’on retrouve chez les mammifères contemporains.
Chez la plupart des reptiles, la déglutition implique de relever la tête pour faire passer la nourriture, alors que les mammifères peuvent aspirer des liquides à l’aide d’une paille sans incliner le corps. Cette particularité, observée chez M. sungei, montre que le système de déglutition « moderne » était déjà présent bien avant l’émergence des vrais mammifères.
Implications évolutives
Thomas Martin, paléontologue à l’Université de Bonn, souligne que cette découverte constitue la plus ancienne preuve d’un mode de vie semi‑aquatique chez les docodontes. Elle suggère que les caractéristiques que nous associons aujourd’hui aux mammifères – fourrure, queue palmée, dents spécialisées et surtout un système de déglutition sophistiqué – ont commencé à se développer bien plus tôt que prévu.
En combinant l’analyse morphologique des os avec des techniques d’imagerie avancées, les chercheurs ont pu reconstituer non seulement la forme externe de l’animal, mais aussi les tissus mous qui n’ont pas survécu à la fossilisation. Cette approche ouvre la voie à de nouvelles investigations sur d’autres fossiles où les structures délicates restent invisibles à l’œil nu.
En somme, Megacauda sungei nous rappelle que l’évolution est un processus graduel, où des innovations majeures peuvent apparaître chez des créatures qui, à première vue, semblent très éloignées de nos espèces actuelles.
Source: https://scientias.nl/deze-oeroude-zwemmer-had-een-keel-die-opvallend-veel-op-de-onze-leek/#respond