Une découverte inattendue

Alors que la coupe massive d'arbres est généralement perçue comme une menace pour la faune, une étude récente menée par des chercheurs de l'Université Flinders révèle un scénario plus nuancé sur l'archipel de Fiji. En analysant le passé génétique de plusieurs espèces d'abeilles indigènes, ils ont constaté que certaines populations ont connu une expansion remarquable depuis l'arrivée des premiers colons humains, il y a environ trois millénaires.

Des abeilles qui prospèrent au cœur du changement

Le groupe étudié appartient au genre Lasioglossum, de petites abeilles qui construisent leurs nids dans le sol et butinent une grande variété de fleurs. Cinq espèces présentes sur Viti Levu, l'île principale, ont été échantillonnées entre 2010 et 2018, couvrant des altitudes allant du niveau de la mer jusqu'à 1 328 m. Au total, 1 178 spécimens ont fourni du matériel mitochondrial et des marqueurs nucléaires, permettant aux scientifiques de reconstituer les dynamiques démographiques sur plusieurs milliers d’années.

Les résultats montrent que les espèces vivant en plaine, comme Lasioglossum fijiense, affichent une hausse démographique nette et récente, alors que leurs homologues de montagne présentent des variations plus modestes. Cette croissance ne coïncide pas avec les fluctuations climatiques majeures de la région Pacifique, mais plutôt avec le moment où les humains ont commencé à aménager le territoire, à défricher des parcelles pour l’agriculture et à ériger des villages.

Pourquoi la déforestation favorise-t-elle ces pollinisateurs ?

Lorsque les forêts sont abattues, de vastes espaces ouverts apparaissent, offrant aux abeilles souterraines des sols plus exposés et plus faciles à creuser. De plus, l'introduction d'espèces végétales exotiques, souvent considérées comme invasives, a enrichi le bouquet floral disponible. Les Lasioglossum se montrent particulièrement polyvalents, capables d'exploiter les fleurs de ces nouvelles plantes tout en continuant à visiter les espèces autochtones.

Ce phénomène illustre que l'impact anthropique n’est pas uniformément négatif. Si certaines espèces forestières, notamment des insectes strictement dépendants du couvert arboré, ont vu leurs effectifs décliner, d’autres, comme ces abeilles généralistes, ont tiré parti des habitats modifiés.

Une mise en garde essentielle

Les auteurs insistent toutefois sur le fait que ces observations ne justifient en aucun cas la déforestation ou la propagation d’espèces envahissantes. La plupart des études mondiales montrent que la perte de forêts entraîne une érosion de la biodiversité, et Fiji ne fait pas exception. Le présent travail sert surtout à rappeler que les réponses écologiques sont parfois complexes et que chaque espèce réagit différemment aux pressions humaines.

En fin de compte, la recherche ouvre la porte à une meilleure compréhension des interactions entre les activités humaines, les changements de paysage et la résilience des pollinisateurs insulaires. Elle souligne également l’importance d’une gestion équilibrée qui protège les habitats critiques tout en reconnaissant les niches où certaines espèces peuvent s’adapter.

Source: https://scientias.nl/kunnen-bijen-ook-profiteren-van-ontbossing-op-fiji-lijkt-dat-soms-het-geval-te-zijn/

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