Des forêts asséchées et l’intervention animale

Dans le sud de la Finlande, le paysage a connu une transformation radicale au cours des six dernières décennies. Les forêts et les tourbières, jadis saturées d’eau, se sont progressivement asséchées sous l’effet d’activités humaines, notamment la création de canaux destinés à drainer les zones humides pour la sylviculture.

Un réseau de canaux qui change le paysage

Entre 1963 et 2023, le maillage de fossés a presque quadruplé. Ces tranchées, creusées pour accélérer l’évacuation des eaux, ont fait passer la proportion de tourbières déshydratées de 23,8 % à 72,5 %. Les chercheurs ont reconstitué cette évolution à l’aide de cartes historiques, de photographies aériennes et de données géospatiales récentes, offrant ainsi une chronologie précise des modifications du terrain.

L’impact des castors, un contre‑effet local

Parallèlement, les castors, réintroduits dans la région d’Evo après une disparition, ont commencé à remodeler le milieu à petite échelle. En construisant leurs barrages, ils retiennent l’eau, créant de nouvelles poches humides le long des lacs et des ruisseaux. Au total, 77 sites, couvrant environ 1,4 km², ont été identifiés comme influencés par ces rongeurs ingénieux.

Si l’influence des fossés domine à l’échelle du bassin, l’action des castors se révèle décisive dans des zones ciblées. Leurs barrages offrent un contraste saisissant avec les canaux qui drainent rapidement l’eau, permettant ainsi la réapparition de milieux humides locaux.

Vers une gestion durable des zones humides

Les scientifiques soulignent que l’observation à long terme est indispensable pour appréhender l’ampleur des changements. Sonja Kivinen, de l’Université d’Est de la Finlande, insiste sur le rôle des analyses historiques pour anticiper les évolutions futures du milieu. De son côté, Petri Nummi, de l’Université d’Helsinki, voit dans l’activité des castors une solution naturelle et économique pour restaurer partiellement les tourbières, sans recourir à des interventions coûteuses.

Cependant, il est crucial de garder à l’esprit que les rongeurs ne peuvent pas inverser à eux seuls des décennies de drainage intensif. Leur contribution reste locale, mais elle montre le potentiel d’une approche combinée où la gestion humaine du réseau de canaux serait révisée afin de laisser davantage d’espace aux processus écologiques.

En définitive, l’étude met en lumière la dualité entre l’impact massif des infrastructures de drainage et la capacité limitée mais précieuse des castors à réhydrater des fragments du paysage. Cette dynamique ouvre la voie à des stratégies de restauration qui intègrent à la fois des mesures techniques et le soutien aux espèces ingénieuses capables de façonner leur environnement.

Source: https://scientias.nl/mensen-legden-finland-droog-maar-bevers-brengen-het-water-terug/

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