Introduction

Une récente enquête menée auprès de plus d’un millier d’utilisateurs américains de la plateforme Character.AI révèle un paradoxe surprenant : ceux qui se tournent vers les intelligences artificielles principalement pour combler un manque de compagnie affichent, en moyenne, un niveau de bien‑être inférieur à ceux qui les emploient à des fins professionnelles ou ludiques.

Le cadre de la recherche

Stanford et Carnegie Mellon ont interrogé 1 131 participants, dont seulement 11,8 % ont déclaré que la compagnie était leur motivation première. Pourtant, lorsqu’on leur a demandé de décrire leur relation avec le bot, la moitié a employé des termes affectueux tels que « ami », « compagnon » ou même « partenaire ». Parmi les 237 personnes qui ont partagé l’intégralité de leurs historiques de conversation, 92,9 % comportaient au moins un échange centré sur la compagnie.

Ce que les dialogues révèlent

Les conversations analysées offrent une perspective que les simples questionnaires ne peuvent saisir. Dans huit cas sur dix, les usagers recherchaient un soutien émotionnel ou social. Deux tiers des échanges incluaient des jeux de rôle à connotation romantique ou intime, et près d’un tiers présentaient des scénarios qualifiés de « risqués » ou « sombres ». L’étude a même détecté des mentions de pensées suicidaires et de consommation de substances dans une proportion non négligeable d’interactions.

Utilisation intensive vs. usage dédié à la compagnie

Un double constat apparaît. D’une part, les participants qui intègrent les chatbots de façon fréquente et variée dans leur quotidien affichent un score de bien‑être légèrement supérieur. D’autre part, ceux qui les utilisent spécifiquement comme source de compagnie enregistrent des scores plus bas, quel que soit le niveau d’intensité de leurs échanges. Plus les utilisateurs partagent d’informations personnelles, plus leur bien‑être diminue, à l’inverse de ce que l’on observe dans les relations humaines traditionnelles où l’ouverture favorise le sentiment de soutien.

Hypothèse de compensation et limites de l’étude

Les chercheurs ont testé l’« hypothèse de compensation », selon laquelle les personnes disposant d’un réseau social restreint se tourneraient davantage vers les IA pour combler le vide. Cette partie du postulat s’est avérée exacte : les individus avec peu d’amis sollicitent plus souvent les chatbots et y confient des sujets intimes. En revanche, l’interaction ne parvient pas à améliorer leur bien‑être, contredisant l’idée que l’IA puisse réellement remplacer les liens humains.

Implications et précautions

Il convient de souligner que les données proviennent d’un instantané, rendant impossible de déterminer si la mauvaise humeur pousse à chercher la compagnie d’un bot, ou si le recours au bot aggrave le malaise. De plus, les modèles d’analyse n’expliquent qu’une petite fraction (environ 13 %) des variations de bien‑être, laissant la majorité des facteurs inexpliqués.

En définitive, si les chatbots offrent un divertissement et une curiosité technologique indéniables, ils ne constituent pas une solution de rechange fiable aux relations humaines, surtout lorsqu’ils sont employés comme unique source d’affection ou de soutien émotionnel.

Source: https://scientias.nl/wie-chatbots-vooral-voor-gezelschap-gebruikt-voelt-zich-doorgaans-slechter/

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