Une tendance inquiétante après la pandémie
Depuis le début de la crise sanitaire, les pays membres de l’Union européenne constatent une diminution progressive du nombre d’enfants recevant leurs vaccins obligatoires au cours de la première année de vie. Les données compilées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’UNICEF, analysées par des chercheurs de l’Université Cattolica del Sacro Cuore à Rome, montrent que la plupart des États‑membres ont vu leurs taux de couverture vaccinale reculer entre 2019 et 2022.
Les vaccins étudiés
Sept vaccins essentiels ont été examinés : diphtérie, tétanos, coqueluche, hépatite B, poliomyélite, rougeole, oreillons, pneumocoque et Haemophilus influenzae type b (Hib). Certains d’entre eux ne sont comptabilisés comme administrés qu’après la troisième dose, ce qui rend le suivi encore plus sensible aux retards de rendez‑vous.
Le tableau européen
Sur les 183 combinaisons possibles entre pays et vaccins, 128 affichaient encore une progression avant la pandémie. Cependant, les dernières années ont renversé la balance : 119 trajectoires sont en baisse contre seulement 64 en hausse. Seize pays enregistrent une chute pour au moins quatre vaccins, la plupart des inversions se situant entre 2019 et 2022.
Les vaccins contre le Hib et la poliomyélite sont les plus touchés, avec une tendance à la baisse dans 20 des 27 États étudiés. La rougeole et les oreillons résistent mieux, mais ne sont pas à l’abri d’une érosion progressive.
Exemple de réussite et d’échec
En 2024, seuls le Luxembourg et le Portugal atteignent ou dépassent le seuil de 95 % pour l’ensemble des sept vaccins. À l’inverse, la Roumanie reste sous la barre des 80 %.
Le cas des Pays‑Bas
Les Pays‑Bas figurent parmi les six pays où la tendance est négative pour les sept vaccins étudiés, aux côtés de la Bulgarie, Chypre, Irlande, Roumanie et Suède. Depuis 2020, la proportion d’enfants vaccinés diminue chaque année de 1,3 à 1,9 %. En 2024, le taux global se situe entre 88 % et 91 % selon le vaccin, et le pays recule pour six des sept vaccins depuis les années 1980.
La Belgique, voisine, montre un profil plus favorable : plus de 96 % des nourrissons reçoivent les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite, l’hépatite B, le Hib, la rougeole et les oreillons. Le seul vaccin qui reste en dessous de 95 % est celui contre le pneumocoque (94 %). Néanmoins, la Belgique enregistre aussi une stabilisation, voire une légère baisse, pour quatre vaccins, indiquant que la forte croissance du passé s’essouffle.
Facteurs possibles de la régression
Les auteurs de l’étude n’ont pas cherché à identifier les causes précises, mais ils évoquent plusieurs hypothèses : reports de consultations médicales pendant les confinements, montée de la désinformation vaccinale, polarisation sociopolitique, ainsi que des obstacles pratiques ou financiers. Les pays qui imposent au moins un vaccin obligatoire, comme la Belgique, la France ou l’Italie, tendent à maintenir de meilleurs niveaux de couverture à long terme, suggérant que la législation joue un rôle protecteur.
Il est toutefois important de souligner que la corrélation temporelle avec la pandémie ne prouve pas une causalité directe. Les chiffres proviennent de rapports nationaux et d’enquêtes, susceptibles d’être révisés ou surestimés.
Enjeux pour la santé publique
La diminution du taux de vaccination compromet l’immunité collective, surtout pour des maladies très contagieuses comme la rougeole, qui requiert un seuil d’environ 95 % pour empêcher la propagation. Un recul continu pourrait entraîner le ré‑apparition de pathologies que l’on croyait éradiquées ou maîtrisées, mettant en danger les enfants trop jeunes pour être protégés directement.
Les autorités sanitaires européennes sont donc appelées à renforcer les campagnes d’information, à faciliter l’accès aux centres de vaccination et à envisager des mesures législatives plus contraignantes afin de restaurer la confiance du public.