Une fuite improbable au cœur de l’Italie
À la fin de l’année 1944, la 92e division d’infanterie noire des États‑Unis découvrit, au milieu des collines apennines, deux silhouettes émaciées qui prétendaient s’être échappées d’un camp de concentration nazi. L’un était blond, mince, à l’allure d’un érudit ; l’autre, à la peau brune, portait une posture fière malgré la fatigue. Ces deux hommes, Reed Edwin Peggram, un Afro‑américain diplômé de Harvard, et Gerdh Hauptmann, son ami danois, racontèrent un périple extraordinaire : traversées de lacs glacés, randonnées à travers la neige, refuges dans des granges, des grottes et les maisons de partisans sympathisants.
Le récit d’un correspondant sceptique
Max Johnson, correspondant pour plusieurs journaux noirs, publia des titres provocateurs comme « Negro Escapes German Camp in Italy ». Bien que fasciné, il resta dubitatif, soulignant l’accent britannique de Peggram et doutant même de sa nationalité américaine. Johnson nota que Peggram affirmait posséder un baccalauréat et une maîtrise de Harvard, parler couramment l’anglais et quatre autres langues, et que, malgré les épreuves, sa plus grande perte était son diplôme, irremplaçable, et sa clé Phi Beta Kappa.
Un amour qui défie la guerre
Ce qui rend l’histoire de Reed et Gerdh singulière, c’est la profondeur de leur lien. Au-delà d’une simple amitié, les deux hommes partageaient une relation intime, un amour qui transcendait les frontières raciales et les préjugés de l’époque. Leur attachement était tel que, même face aux horreurs du front, ils refusèrent de se séparer. Leurs compagnons de combat les comparèrent à Damon et Pythias, légende grecque de la fidélité absolue.
Le passé académique de Reed Peggram
Né le 26 juillet 1914 à Boston, Reed grandit sans père après que son géniteur, Harvey Thomas Peggram, fut gravement blessé à la guerre et interné dans un hôpital psychiatrique. Malgré ces obstacles, Reed excella dès le lycée Latin de Boston, où il fut le seul élève noir parmi 262 camarades, se classant dans le premier quart de la promotion. Son brillant parcours le mena à Harvard, où il obtint le prestigieux honneur Phi Beta Kappa, symbole d’excellence intellectuelle.
Le destin après la guerre
Après la libération, la question de la citoyenneté de Gerdh se posa. Les autorités américaines hésitaient à autoriser son entrée, tandis que Reed, désormais héros de guerre, devait affronter le racisme persistant dans son propre pays. Leur histoire, longtemps reléguée aux marges, refait surface grâce à l’auteure Ethelene Whitmire, qui prépare un livre chez Penguin Random House, promettant de révéler les détails intimes et les sacrifices de ce couple courageux.
En revisitant les archives, les journaux et les témoignages, on comprend que la résistance de Reed et Gerdh n’était pas seulement militaire, mais aussi émotionnelle. Leur amour a défié les idéologies fascistes, prouvant que la solidarité humaine peut triompher même dans les ténèbres les plus profondes.
Source: https://www.narratively.com/p/the-gay-black-american-who-stared