Un éclairage sur les “molly houses”

Dans les ruelles sombres de Londres au XVIIIe siècle, un réseau souterrain florissait sous le voile du gin et de la misère. Ces établissements, appelés « molly houses », étaient des espaces où les hommes efféminés, surnommés « mollies », pouvaient se rassembler, s’habiller en drag, boire et partager des moments d’intimité loin du regard des autorités.

Le raid de Mother Clap

Le 7 février 1726, la police, alertée par des dénonciateurs, encercla la maison de Margaret Clap, surnommée « Mother Clap ». Les officiers pénétrèrent dans les chambres, arrachant quarante hommes à moitié déshabillés, qui furent ensuite débouchés vers la prison de Newgate. Ce raid demeure la meilleure preuve documentaire de l’existence d’une communauté queer à l’époque géorgienne.

Une économie de l’amour et du profit

Les molly houses fonctionnaient à la fois comme bars clandestins et comme lieux de prostitution masculine. L’alcool coulait à flot, les clients échangeaient des baisers, des caresses, voire des transactions sexuelles rémunérées. Malgré les risques, ces espaces offraient une forme de famille choisie, où l’on pouvait explorer son identité sans compromis.

Margaret Clap, la « mère » de la résistance

Margaret Clap était perçue comme une protectrice. Bien que son commerce fût officiellement enregistré au nom de son époux John, elle gérait les lieux avec une autonomie surprenante pour l’époque. Les procès la décrivent comme une femme rusée, voire rebelle, prête à accueillir les marginaux dans son foyer. Certains historiens, dont Anthony Delaney, l’interprètent comme une véritable alliée de la communauté LGBTQ.

La trace écrite d’un monde invisible

Les témoignages les plus détaillés proviennent des procès et des pamphlets satiriques tels que « The He‑Strumpets » ou « Satan’s Harvest Home ». Ces documents, souvent moqueurs, nous offrent un aperçu précieux des codes, des rituels vestimentaires et des dynamiques sociales qui animaient les molly houses.

Pourquoi ce passé mérite d’être connu

En célébrant le mois de la fierté, il est essentiel de rappeler que les personnes queer n’ont pas seulement émergé au XXe siècle. Leur présence, leurs luttes et leurs espaces de résistance remontent à des siècles, même si les archives les ont longtemps occultées. Rendre visible le réseau de Mother Clap, c’est reconnaître une partie de l’histoire nationale qui a forgé, en silence, les bases de la diversité contemporaine.

Source: https://www.narratively.com/p/secret-queer-underworld-of-london

Related Articles