Le contexte : des fondateurs en colère
Ces dernières semaines, les réseaux sociaux ont été envahis de témoignages d’entrepreneurs qui se sentent lésés par leurs investisseurs. Entre anecdotes de réunions soporifiques et recommandations de licencier un cofondateur, le ton est largement critique. Au milieu de ce tourbillon, Brendan Foody, co‑fondateur de la plateforme d’intelligence artificielle Mercor, a déclenché la polémique en pointant du doigt Sequoia Capital, l’un des fonds de capital‑risque les plus prestigieux.
La révélation du « dual‑pricing »
Foody a qualifié le phénomène de « sequoia scam », expliquant que le fonds aurait, selon lui, structuré plusieurs tours de financement en deux tranches aux valorisations très différentes. La première tranche, souvent la plus importante, serait investie à un prix préférentiel bas, tandis qu’une seconde, plus petite, serait placée à un prix largement supérieur. La somme de ces deux chiffres crée un « headline » impressionnant qui masque la véritable fourchette d’entrée du capital principal.
Exemple concret : Serval
Le journal Wall Street Journal a détaillé le cas de Serval, une start‑up IA proposant un service d’assistance informatique. Lors de son tour de Série B, Sequoia a annoncé une levée de 75 millions de dollars à une valorisation de 1 milliard. Or, quelques jours plus tôt, la même société était évaluée à moins de 400 millions de dollars dans le cadre d’une extension de Série A à laquelle Sequoia avait également participé. L’écart entre ces deux montants illustre parfaitement le mécanisme de double prix dénoncé par Foody.
Une pratique répandue ?
Foody précise que Sequoia n’est pas le seul à recourir à cette méthode. D’autres fonds, comme Redpoint, ont aussi opté pour deux tranches distinctes, comme l’a montré l’exemple d’Aaru, où la valorisation affichée était de 1 milliard alors que la vraie valeur d’entrée était de 450 millions.
Réponse de Sequoia
Shaun Maguire, partenaire chez Sequoia, a riposté sur X, qualifiant l’accusation de « trop forte ». Il a expliqué que le double‑pricing résulte d’une différence d’appétit entre les investisseurs : certains sont prêts à payer des multiples plus élevés pour les start‑ups les plus en vogue, notamment dans le secteur IA. Sequoia choisirait alors de séparer la relation de construction d’entreprise du financement, d’où l’apparition de deux tranches à prix distincts. Selon lui, il ne s’agit pas d’une manœuvre frauduleuse mais d’une adaptation au marché.
Implications pour les employés et les investisseurs
Le problème soulevé ne se limite pas à la perception publique. Les options d’achat d’actions attribuées aux salariés sont censées être évaluées à partir d’une valeur moyenne pondérée, le 409A, et non à partir du chiffre de couverture médiatique. Si la valorisation réelle est nettement inférieure, les détenteurs d’options risquent de se retrouver avec des titres surévalués, ce qui peut compromettre la motivation et la rétention des talents.
Jason Woon, expert en modélisation financière chez Armanino, rappelle que les évaluations 409A doivent refléter le coût réel du capital, incluant toutes les tranches, afin de garantir une équité envers les employés.
En définitive, le débat autour du double‑pricing remet en question la transparence du processus de financement et la manière dont les chiffres sont communiqués aux parties prenantes. Même si l’appellation de « scam » peut sembler excessif, l’appel de Foody met en lumière un besoin d’une meilleure clarté pour les fondateurs, les équipes et les investisseurs.