Des ateliers qui font le buzz

Dans plusieurs villes américaines, les bibliothécaires transforment leurs salles de lecture en véritables laboratoires de désintoxication numérique. Loin des étagères poussiéreuses, ils proposent des sessions intitulées « Avoiding AI », où les participants apprennent à désactiver les fonctions d’intelligence artificielle intégrées à leurs smartphones, ordinateurs et services en ligne. L’engouement est tel que les inscriptions se remplissent en quelques heures, les publications sur les réseaux sociaux explosent en likes et partages, et les ateliers se multiplient d’une ville à l’autre.

Origine du mouvement

L’idée a germé dans la petite ville de Bangor, dans le Maine, grâce à Hannah Cyrus, bibliothécaire passionnée par la littératie numérique. Après avoir publié un article académique détaillant une méthode pour désactiver les assistants virtuels, elle a été inondée de courriels de collègues du monde entier, désireux d’obtenir ses diapositives. Son premier atelier a réuni plus de soixante‑sept participants, dont une partie en direct via Zoom, révélant un besoin latent mais puissant : reprendre le contrôle sur les algorithmes qui s’immiscent dans la rédaction d’e‑mails, la recherche d’information ou la suggestion de contenus.

Inspiré par ce succès, Charlie Bailey, bibliothécaire à South Philadelphia, a adapté le format à son public local. Il commence chaque session par une explication claire du fonctionnement des chatbots et des services d’IA grand public, puis guide les participants pas à pas sur un projecteur, montrant comment désactiver Apple Intelligence, Google Gemini ou les fonctions de rédaction automatique. « En tant que bibliothécaire, je vois cela comme une extension de la littératie digitale », affirme-t-il, soulignant l’importance de l’autonomie face à des designs qui poussent à l’adoption.

Une communauté soudée

Les ateliers ne sont pas de simples tutoriels techniques ; ils deviennent de véritables espaces d’échange. Les participants partagent leurs astuces, comme l’ajout du paramètre « &udm=14 » à une recherche Google pour masquer les résultats générés par l’IA. Un habitant, Johnny, évoque même la perspective d’un centre de données installé à côté de son futur domicile, illustrant les inquiétudes liées à la prolifération des infrastructures numériques.

Le phénomène a rapidement pris de l’ampleur. Le post Instagram de la bibliothèque de Philadelphia annonçant l’atelier a recueilli plus de deux mille mentions « J’aime » et deux cent vingt partages, un record comparé aux publications habituelles. Face à la demande, les organisateurs ont dû ouvrir une liste d’attente, proposer des sessions supplémentaires et diffuser les cours en ligne pour toucher un public plus large.

Ce mouvement montre que les bibliothèques, longtemps perçues comme des gardiennes du savoir traditionnel, se réinventent comme des acteurs clés de la souveraineté numérique. En offrant des outils concrets pour désactiver l’IA, elles permettent aux usagers de choisir consciemment s’ils souhaitent ou non intégrer ces technologies dans leur quotidien. Le résultat est une prise de conscience collective, un sentiment de camaraderie et, surtout, la possibilité de reprendre le pouvoir sur leurs données et leurs interactions en ligne.

Source: https://techcrunch.com/2026/07/25/librarians-are-hosting-viral-avoiding-ai-workshops-for-people-who-are-fed-up-with-big-tech/