Une découverte archéologique surprenante
Sur le littoral de Gran Canaria, les chercheurs ont mis au jour un vaste centre de transformation du poisson datant du XIe au XIIIe siècle. Le site, nommé Playa Chica, a livré des milliers d’écailles, des coquillages, des oursins, des crabes et même des hameçons façonnés à partir de dents de porc. Ces vestiges témoignent d’une activité halieutique d’envergure, pratiquée par les populations autochtones d’origine berbère qui peuplaient les îles aux premiers siècles après J.-C.
Des techniques de pêche variées
Les archéologues ont identifié deux méthodes principales : l’usage de filets et celui de cannes à pêche rudimentaires. La présence de cornes de chèvre près du site suggère qu’elles servaient d’outils pour décortiquer les poissons, tandis que les hameçons en dents de porc indiquent une technologie adaptée aux ressources locales. La diversité des espèces récupérées, majoritairement de la zone côtière, confirme une pêche essentiellement inshore.
Le fumage et le séchage du poisson
Parmi les découvertes, des restes carbonisés de plantes productrices de fumée, comme des écailles de cônes de pin, ont été retrouvés à proximité d’une multitude de foyers peu profonds. Ce contexte suggère que le poisson était traditionnellement fumé ou séché sur place, permettant ainsi une conservation prolongée et possiblement un commerce interrégional. L’absence quasi totale de poteries renforce l’idée d’une spécialisation du site : il s’agissait avant tout d’un atelier de transformation plutôt que d’un simple lieu de consommation.
Implications pour l’histoire des îles Canaries
Cette découverte remet en question l’image d’une société insulaire marginale et montre une organisation socio‑économique plus structurée que l’on ne l’avait imaginé. Les habitants de Gran Canaria exploitaient la mer de façon systématique, intégrant leurs connaissances maritimes à des pratiques artisanales avancées. Le manque d’études comparables sur d’autres côtes canariennes rend Playa Chica d’autant plus précieuse pour éclairer la dynamique des cultures côtières du Nord‑Ouest africain, dont les Canaries sont le prolongement.
En définitive, le site de Playa Chica ouvre une fenêtre rare sur les habitudes alimentaires, les techniques de pêche et les réseaux d’échange des populations berbères qui ont façonné l’histoire des îles. Les chercheurs restent prudents quant aux conclusions définitives, mais l’ampleur des preuves indique déjà une importance économique majeure de la mer pour ces communautés antiques.