Un compas inattendu dans le foie
Les pigeons voyageurs sont capables de retrouver leur pigeonnier après des centaines de kilomètres, même sous un ciel couvert. Pendant longtemps, les scientifiques ont recherché la réponse dans les yeux, le bec ou le cerveau. Une étude récente publiée dans *Science* renverse cette hypothèse en pointant du doigt un organe surprenant : le foie.
Des macrophages riches en fer comme capteurs magnétiques
Les chercheurs de l’Université de Bonn ont découvert que des cellules immunitaires appelées macrophages, habituellement chargées de débarrasser le sang des globules rouges usés, stockent du fer. Ce métal confère à ces cellules une sensibilité particulière aux champs magnétiques terrestres. En exposant les tissus de différents organes à des mesures précises, ils ont constaté que le foie manifestait la plus forte réponse magnétique.
Expériences sur le terrain
Pour vérifier le rôle de ces macrophages, trente‑quatre pigeons ont été entraînés à parcourir environ 19 km avant de rentrer au laboratoire de Konstanz. Chez la moitié d’entre eux, le nombre de macrophages hématopoïétiques a été temporairement réduit. Lors d’une relâche sous un ciel très nuageux, les oiseaux du groupe témoin ont retrouvé leur perchoir sans difficulté, alors que ceux privés de leurs macrophages se sont rapidement égarés. Dès que le soleil a percé les nuages, les mêmes pigeons ont pu reprendre le bon cap, confirmant que ces cellules interviennent surtout quand la référence solaire est indisponible.
Du foie au cerveau : un chemin nerveux
Des observations microscopiques ont révélé que les macrophages riches en fer sont situés à proximité de fibres nerveuses hépatique. Cette proximité suggère que les informations magnétiques captées dans le foie pourraient être transmises le long de ces nerfs jusqu’au cerveau, où elles seraient intégrées aux repères de navigation.
Implications plus larges
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur le rôle du système immunitaire en tant que sens « extranormal ». Si les pigeons utilisent leurs macrophages pour détecter le champ magnétique, d’autres espèces, comme certains chauves‑souris ou requins, pourraient recourir à des mécanismes similaires, leur permettant de s’orienter dans l’obscurité.
De nombreuses questions restent néanmoins sans réponse : comment les macrophages convertissent‑ils le signal magnétique en impulsion nerveuse ? Et de quelle façon le cerveau décode‑t-il ce message ? Les équipes promettent d’approfondir ces énigmes dans leurs prochains projets.