Une vague de surestimation de l’intelligence artificielle

Le secteur technologique traverse une période inhabituelle, mêlant la frénésie habituelle des grandes transformations – comme l’avènement du cloud – à une intensité jamais vue auparavant : des revenus record côtoyés de licenciements massifs. Selon les chiffres du suivi Layoffs.fyi, les cinq premiers mois de 2026 ont vu 115 430 postes supprimés dans 152 entreprises, quasi‑équivalents aux 124 636 postes coupés en 2025 dans 275 sociétés. Une partie considérable de ces suppressions est attribuée à l’IA, même si les raisons réelles sont souvent plus complexes.

Le diagnostic d’Aaron Levie

Le fondateur de Box, Aaron Levie, a récemment partagé sur X (anciennement Twitter) une théorie troublante : les PDG seraient victimes d’une « psychose IA ». Pour lui, l’écart entre la direction et la « dernière mile » du travail empêche les dirigeants de mesurer correctement ce qui est réellement automatisable. Ils testent un prototype, obtiennent un résultat satisfaisant, puis projettent que l’ensemble du processus peut être confié à des agents autonomes, sans prendre en compte les étapes de validation, de détection de bugs ou de formation sur des données spécifiques à leur entreprise.

Levie ne dénonce pas l’IA ; au contraire, il y voit un potentiel immense et investit activement dans des startups du domaine. Son appel à la prudence consiste à « utiliser l’IA à fond » afin de connaître ses limites, puis revenir avec une appréciation équilibrée du bénéfice réel et du travail restant à accomplir.

Des dirigeants qui misent tout sur les agents artificiels

Certaines figures du secteur illustrent parfaitement cette dynamique. Zeb Evans, PDG de ClickUp, a déclaré avoir licencié 22 % de ses effectifs après avoir déployé 3 000 agents IA en interne. L’objectif, selon lui, n’est pas la réduction des coûts mais la création d’une « organisation 100x » où les employés surveillent et corrigent le travail des agents. Cette vision, however, reste controversée : une méta‑analyse publiée dans le California Management Review de l’Université de Californie, Berkeley, n’a trouvé aucune corrélation robuste entre l’adoption de l’IA et un gain de productivité agrégé. De même, une étude du National Bureau of Economic Research de mars 2026 indique que les promesses de hausse massive d’efficacité restent largement non vérifiées.

Quel avenir pour les chefs d’entreprise?

Face à ces constats, la communauté dirigeante se trouve à un carrefour. D’un côté, l’enthousiasme pour les solutions automatisées pousse à des décisions hâtives, souvent justifiées par le besoin de rester compétitif. De l’autre, la réalité du terrain montre que les projets d’IA nécessitent une supervision humaine continue, des itérations et une compréhension fine des processus métiers.

Le conseil de Levie – s’immerger pleinement dans les outils, tester leurs points faibles, et accepter que l’automatisation ne peut remplacer toutes les tâches à forte valeur ajoutée – apparaît comme une feuille de route sensée. En adoptant une approche plus terre-à-terre, les PDG pourraient éviter les licenciements impulsifs et instaurer une culture où l’IA est un levier de soutien plutôt qu’un substitut complet.

En définitive, la « psychose IA » réside moins dans la technologie elle‑même que dans la perception exagérée de ses capacités. Une prise de conscience collective, associée à une formation continue des cadres supérieurs, pourrait transformer cette folie passagère en une stratégie durable et bénéfique pour l’ensemble du secteur.

Source: https://techcrunch.com/2026/05/27/tech-ceos-are-apparently-suffering-from-ai-psychosis/

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