Le cliché persistant
Depuis longtemps, on raconte que les hommes sont peu enclins à partager leurs émotions, préférant le football ou le silence, tandis que les femmes se confieraient longtemps, tissant des liens profonds et affectueux. Cette image, largement relayée, a même reçu un nom scientifique : la « gender friendship gap », c’est‑à‑dire un écart supposé entre les amitiés masculines et féminines.
Quand la recherche interroge le stéréotype
L’étude menée par la chercheuse Emily C. Fox remet en cause cette vision monolithique. En partant du principe que le contexte social influe sur la manière dont on vit l’amitié, elle a questionné un large panel de jeunes adultes américains (18‑21 ans) issus de trois groupes ethniques : noirs, latino et blancs. Chaque participant a désigné son « meilleur ami » (excluant partenaires et membres de la famille) et a noté la qualité de cette relation sur une échelle de 0 à 10, en détaillant la fréquence des contacts, les sujets abordés et le type de soutien (émotionnel ou pratique) fourni.
Des résultats contrastés selon les origines
Les premières données semblaient confirmer le cliché : les femmes donnaient en moyenne des notes plus élevées que les hommes. Mais en décortiquant les réponses par groupe ethnique, le tableau se complexifie. Chez les participants noirs, aucune différence notable n’émergeait ; hommes et femmes affirmaient ressentir un niveau comparable de proximité. Parmi les Latino, un léger écart favorisant les femmes disparaissait dès qu’on tenait compte de la fréquence des conversations émotionnelles. En revanche, chez les blancs, l’écart était le plus prononcé et persistait même après ajustement sur les habitudes de communication.
L’impact du contexte socio‑économique
Un autre point crucial relevé par Fox est le rôle du statut socio‑économique, notamment chez les jeunes blancs. Ceux issus de milieux plus aisés rapportaient des amitiés légèrement moins intenses, suggérant que les privilèges matériels peuvent modérer le besoin ou la motivation à cultiver des liens émotionnels forts. En revanche, la fréquence des échanges de soutien, qu’il s’agisse de parler de relations amoureuses ou de demander un conseil académique, se révélait universellement corrélée à la force du lien, indépendamment de l’origine ethnique.
Vers une compréhension nuancée
Ces constats démontrent que la « gender friendship gap » n’est pas une loi universelle, mais une dynamique qui varie selon les cadres culturels, économiques et générationnels. Le mythe d’une masculinité incompressible et d’une féminité ultra‑expressive se heurte à la réalité d’individus dont l’expérience de l’amitié dépend davantage de leurs environnements que de leur genre. Bien que l’étude se limite aux jeunes adultes et à trois groupes ethniques, elle invite à repenser les généralisations et à reconnaître la diversité des formes d’attachement affectif.
En définitive, plutôt que d’inscrire les hommes dans une supposée distance émotionnelle, il convient d’observer comment chaque communauté définit, vit et nourrit ses amitiés. Le cliché mérite d’être révisé, non pas pour nier les différences parfois observées, mais pour souligner que celles‑ci sont conditionnées par de multiples facteurs contextuels.
Source: https://scientias.nl/hebben-vrouwen-echt-zoveel-betere-vriendschappen-dan-mannen/