Une découverte prometteuse pour les mollusques juvéniles

Des chercheurs de l'University of California, Davis, ont mis en évidence que les résidus de coquilles finement broyées peuvent atténuer l'acidité du micro‑environnement interstitiel du sable. Cette action crée un cadre plus clément pour la croissance des jeunes bivalves, notamment les espèces de la côte ouest nord‑américaine. L’étude, publiée dans la revue Biogeosciences, montre que l’effet n’est pas seulement visible à l’extérieur des organismes, mais se reflète également au niveau de l’expression génétique.

Contexte de l’acidification des océans

Le phénomène d’acidification, provoqué par l’absorption croissante de dioxyde de carbone atmosphérique, rend les eaux marines plus acides. Les mollusques, qui construisent leurs coquilles à partir de carbonate de calcium, voient leurs processus calcifiants ralentir, voire s’inverser. Les juvéniles, dont la coquille est encore fragile, sont particulièrement vulnérables ; dans les milieux fortement acidifiés, leurs coquilles peuvent se dissoudre progressivement.

Méthodologie de l’expérience

Au laboratoire marin de Bodega, les scientifiques ont réparti 240 jeunes spécimens de Leukoma staminea dans huit récipients, exposés pendant 90 jours à quatre conditions distinctes. Deux groupes ont reçu de l’eau de mer normale, deux d’eau acidifiée, et dans la moitié des récipients, 10 % du sable a été remplacé par des fragments de coquilles broyées. Les paramètres physico‑chimiques (température, salinité, pH) ont été mesurés régulièrement, tout comme la croissance des coquilles.

Résultats surprenants

Les données montrent que la présence de coquilles fragmentées agit comme un tampon local, réduisant le pH du liquide interstitiel entre les grains de sable. Cette diminution de l’acidité favorise la formation de nouvelles couches calcaires, ce qui se traduit par des coquilles plus volumineuses chez les individus exposés aux fragments, même lorsque l’eau ambiante était acidifiée. Plus étonnant encore, l’analyse de l’activité génétique dans le manteau – tissu responsable de la sécrétion calcaire – révèle que les gènes associés au stress acide sont fortement régulés à la baisse dans les conditions contenant les fragments. Le profil génétique des jeunes vivant dans un environnement acidifié mais enrichi en coquilles ressemble alors à celui d’individus évoluant dans une mer non acidifiée.

Implications écologiques et perspectives

Ces observations suggèrent que le recyclage des coquilles brisées, souvent considéré comme un déchet, pourrait constituer une stratégie naturelle de résilience côtière. En réintroduisant ces résidus dans les habitats sableux, il serait possible d’atténuer localement les effets de l’acidification, offrant ainsi aux populations de bivalves une marge de manœuvre supplémentaire pour survivre et se développer. Toutefois, les mécanismes biologiques exacts qui relient la modulation du pH à la régulation génétique restent à élucider.

Cette approche s’inscrit dans une tradition ancestrale : les communautés autochtones de la côte pacifique utilisent depuis des siècles les coquilles comme amendement du sol et du substrat marin. Le travail actuel confirme scientifiquement l’efficacité de cette pratique, ouvrant la voie à des solutions basées sur le « circularité » des matériaux marins.

Source: https://scientias.nl/schelpenkorrels-doen-iets-opmerkelijks-met-de-genen-van-schelpdieren/