Des marais côtiers, alliés inattendus face aux tempêtes

Alors que le niveau de la mer grimpe et que les tempêtes deviennent plus intenses, les scientifiques recherchent des solutions alternatives aux digues traditionnelles. Une étude publiée dans Nature révèle que les kwelders – ces zones humides végétalisées situées le long du littoral néerlandais – offrent une résistance remarquable contre l’érosion même sous des vagues de deux mètres de hauteur.

Un test à grande échelle

Les chercheurs ont transporté 306 m² de sol de kwelder intact, préservant sa végétation, depuis la côte frisonne jusqu’au bassin d’essai Deltagoot de Deltares. Ce laboratoire permet de reproduire des vagues extrêmes. Pendant 21 heures, le terrain a été soumis à des vagues atteignant 2 m de hauteur, tout en protégeant la bordure maritime du site contre le décapage afin d’isoler les effets de la végétation.

Résultats surprenants

À l’issue de l’expérience, seulement 7 mm de la surface du sol ont été usés, démontrant une stabilité du substrat remarquable. En revanche, la biomasse aérienne a fortement diminué : la masse végétale est passée de 831 à 558 g m⁻² après la première série, pour ne retenir que 20‑25 % à la fin du test, et la longueur moyenne des tiges a chuté de 47 %.

Ces pertes de végétation n’ont pas empêché le kwelder de réduire l’énergie des vagues de petite à moyenne taille. Les analyses combinées aux données mondiales de hauteur de côte et de répartition des kwelders montrent que la végétation atténue les vagues jusqu’à un mètre de hauteur, avec une réduction pouvant dépasser 10 % et, dans certains cas, atteindre 50 %. Au‑delà de ce seuil, l’effet se limite à environ 10 %.

Implications pour la protection du littoral

Les auteurs, dont Pim Willemsen de l’Université de Wageningen et de Deltares, suggèrent d’envisager les kwelders comme une composante d’une « zone hybride de défense côtière ». En pratique, un kwelder placé devant une digue pourrait diminuer la charge exercée sur la structure, réduisant ainsi la quantité d’argile ou d’autres matériaux nécessaires à son renforcement, avec un potentiel d’économie substantielle.

Leur conclusion insiste sur le fait que la restauration et la préservation des kwelders sont particulièrement prometteuses sur les côtes où les vagues restent modérées. Même sur les rivages exposés à des vagues plus puissantes, les kwelders peuvent jouer un rôle complémentaire, à condition d’être associés à des mesures techniques comme les digues ou les barrières offshore.

Vers une défense hybride

En intégrant la nature dans les stratégies de résilience côtière, les décideurs peuvent profiter d’une double fonction : protection physique contre l’érosion et services écosystémiques (biodiversité, séquestration du carbone, etc.). Cette approche s’inscrit dans la tendance mondiale de « nature‑based solutions », où les habitats naturels sont exploités pour atténuer les impacts du changement climatique.

En somme, les kwelders ne remplacent pas les digues, mais ils les renforcent, offrant une marge de manœuvre supplémentaire face à la montée des eaux et aux tempêtes de plus en plus violentes.

Source: https://scientias.nl/niet-alleen-dijken-ook-kwelders-zouden-deels-mee-kunnen-helpen-bij-hoge-zeegolven/#respond

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