Une découverte inattendue dans les archives muséales

Il arrive parfois que des spécimens conservés depuis des décennies restent dans l’ombre, attendant qu’un œil curieux les remarque. C’est le cas du petit myriapode recueilli en 1936 sur la péninsule de Yorke, en Australie du Sud, qui n’a été officiellement identifié que récemment. Cette mise au jour bouleverse les connaissances établies sur la répartition des Dalodesmidae, une famille habituellement associée à des milieux humides.

Un spécimen oublié depuis 1936

Le naturaliste Herbert Womersley captura l’animal lors d’une expédition et le déposa au South Australian Museum. Pendant près de neuf décennies, le petit corps de deux centimètres resta non décrit, rangé parmi d’autres insectes. Ce n’est qu’en 2015 que le chercheur allemand Peter Decker, en parcourant les collections pour sa thèse, reconnut le potentiel du spécimen et le transmit à l’expert australien Robert Mesibov.

Un habitat paradoxal pour un Dalodesmidae

Les Dalodesmidae sont réputés pour prospérer dans des zones où les précipitations sont abondantes. Or la péninsule de Yorke ne reçoit que 450 mm de pluie chaque année, un climat que l’on qualifierait de quasi‑aride. La présence de ce myriapode dans un tel environnement soulève d’importantes questions écologiques : comment survit‑il avec si peu d’humidité ? Quels mécanismes physiologiques ou comportementaux lui permettent de résister à la sécheresse ?

Des particularités morphologiques surprenantes

Le nouveau taxon, nommé Colobothrix deckeri, se distingue par une coloration jaune‑brunâtre ponctuée de taches rouge‑brun. Le trait le plus remarquable réside dans les pattes des mâles, qui portent de minuscules structures sphériques au lieu des poils longs et pointus observés chez les espèces apparentées. Ces « poils » sont courts et trapus, d’où le nom du genre : Colobothrix, signifiant « cheveux courts restés ». Cette singularité a justifié la création d’un nouveau genre, en plus d’une nouvelle espèce.

Le parcours de la recherche, de 1936 à 2026

Après la redécouverte du spécimen original, Mesibov s’est rendu sur le site de la découverte en 2016‑2017, sans succès. Cependant, des échantillons recueillis « par accident » sur Kangaroo Island en 2010 et 2021, lors d’études sur des araignées, ont permis de confirmer l’existence continue de l’espèce. En 2026, en examinant les bases de données en ligne, Mesibov a relié ces trouvailles à l’individu de 1936, puis a entrepris de nouvelles expéditions sur l’île, où il a finalement localisé plusieurs individus vivants.

Perspectives et questions ouvertes

Le mystère persiste quant à la fonction exacte des structures sphériques sur les pattes. Les chercheurs envisagent des études physiologiques pour déterminer si elles jouent un rôle dans la rétention d’humidité, la détection de vibrations ou la défense contre les prédateurs. Par ailleurs, la capacité de Colobothrix deckeri à coloniser des habitats arides pourrait offrir des indices précieux sur l’adaptation des myriapodes aux changements climatiques.

Source: https://scientias.nl/een-vergeten-miljoenpoot-uit-1936-stelt-wetenschappers-voor-een-raadsel/

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