Un équilibre fragile entre terre et mer

Les atolls, ces anneaux de corail entourant une lagune, reposent sur un substrat fragile. Leur survie dépend de la capacité du récif à croître au même rythme que le niveau de la mer. Or, l’équilibre est souvent rompu par l’introduction d’espèces invasives, la déforestation et la perte d’habitats d’oiseaux. Une étude conjointe de l’Université de Lancaster, du Muséum d’histoire naturelle de Leiden et de plusieurs partenaires locaux a mis en lumière le rôle crucial que jouent les oiseaux marins et les arbres indigènes dans la résilience des récifs.

Le rôle fertilisant des oiseaux

Les sternes, les foucats et les fous à pattes blanches parcourent des centaines de kilomètres pour se nourrir en haute mer. Leur déjection, riche en azote, retombe sur les îles où ils nichent. Sur l’atoll le plus productif de l’étude, situé dans l’archipel des Chagos, les chercheurs ont estimé un apport de 366 kg d’azote par hectare et par an. Cette source d’azote, partiellement lessivée vers l’océan, stimule la croissance des algues symbiotiques du corail, augmentant ainsi la production de carbonate calcaire.

Des coraux qui grandissent plus vite

Sur les îles exemptes de rats, le taux de croissance du récif a été mesuré à près de six millimètres par an, soit presque le double de celui observé sur les îles infestées. Cette vitesse correspond approximativement à l’élévation prévue du niveau de la mer d’ici 2100 sous un scénario de réchauffement de deux degrés. En revanche, les récifs des îles où les rats dévorent les œufs et où les cocotiers ont remplacé la forêt originelle peinent déjà à suivre la hausse actuelle de plus de trois millimètres annuels.

Production de sable grâce aux poissons

Le sable blanc qui compose les îlots de corail provient en grande partie de la digestion des poissons perroquets. Ces poissons grattent le corail, le transforment en fines particules et les rejettent sous forme de sable. Sur les îles riches en oiseaux, l’activité combinée des perroquets, des oursins, des mollusques et des algues calcaires a généré entre 2,3 et 2,8 fois plus de sable que sur les îles dégradées.

Les racines comme armature naturelle

Les forêts de pisonia, arbres endémiques aux racines longues et entrelacées, retiennent le sable et stabilisent le substrat. Dans les zones où plus de trois quarts de la couverture végétale était constituée d’espèces indigènes, la densité de racines fines était 4,6 fois supérieure à celle des sites dominés par les cocotiers. Cette structure racinaire, renforcée par la présence d’avortements d’oiseaux, limite l’érosion après les tempêtes.

Implications pour la conservation

Bien que l’étude ne suive pas l’évolution d’un même atoll après l’éradication des rats, elle suggère que la restauration des populations d’oiseaux et la replantation d’espèces locales pourraient accélérer la croissance des récifs et la production de sable, deux leviers essentiels pour contrer la montée du niveau de la mer. La menace principale demeure le réchauffement des océans, qui fragilise les coraux même dans les meilleures conditions.

Source: https://scientias.nl/de-zee-rukt-op-rond-koraaleilanden-maar-waar-zeevogels-broeden-groeit-het-rif-mee/

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