Une vague de glace qui a tout changé

Le 26 août, un mur colossal d’eau, de glace et de rochers a dévalé la vallée du nord du Népal, à proximité de la frontière tibétaine. Plus de 1 455 personnes ont perdu la vie et plusieurs milliers restent portées disparues. L’événement a été déclenché lorsqu’une énorme masse du sommet Langtang Lirung s’est détachée, a bloqué un cours d’eau, puis a libéré un torrent chargé de débris qui a submergé les villages en contrebas.

Des villages construits sur la ligne de crête

Les localités les plus touchées, comme Timure et Syabrubesi, se trouvent exactement là où les inondations glaciaires sont les plus violentes : sur la bande étroite et plate qui longe les rivières. Entre 2016 et 2023, la surface bâtie dans ces zones a crû de près de cinquante pour cent, selon une analyse satellitaire dirigée par l’Université de Leeds. Le développement s’est même accéléré de plus de soixante‑quinze pour cent le long des trajectoires que les vagues de crue pourraient emprunter.

Comment les chercheurs ont mesuré le danger

L’équipe de Leeds a étudié 1 361 lacs glaciaires qui alimentent les cours d’eau népalais, en évaluant non pas la distance horizontale des habitations par rapport aux rivières, mais leur altitude. Tout bâtiment situé à moins de cinquante mètres au‑dessus du niveau de la rivière a été considéré comme potentiellement menacé. En croisant les données de Google Maps – la seule source offrant des informations annuelles – avec leurs propres repérages sur les images satellites, les scientifiques ont constaté que la surface bâtie dans la zone à moins de cinquante mètres d’altitude est passée de 12,4 à 18 km².

Tourisme, énergie et routes commerciales, moteurs de l’expansion

Cette croissance s’explique en partie par le boom du tourisme, la construction de centrales hydroélectriques et l’essor des axes commerciaux entre le Népal et le Tibet, qui suivent naturellement les cours d’eau. En août, la vague de glace a emporté onze de ces centrales, qu’elles soient en service ou en cours de construction, soulignant la vulnérabilité du modèle de développement actuel.

Population exposée : un chiffre incertain

Les estimations varient. Le modèle WorldPop, appliqué aux données de recensement de 2021, indique qu’environ 294 000 personnes vivent aujourd’hui dans la zone à risque, avec une hausse prévue de six pour cent d’ici 2030. D’autres études, qui ont élargi la bande d’analyse à un kilomètre de chaque côté des rivières, ont avancé un chiffre de plus de 800 000 habitants potentiellement exposés. La réalité se situe probablement quelque part entre ces deux extrêmes, d’autant que la simple altitude ne suffit pas à prédire la profondeur ou la fréquence des inondations.

Face à ces constats, les autorités népalaises disposent d’une législation visant à intégrer les risques naturels dans la planification spatiale, mais son application reste très limitée. Une meilleure cartographie, des données actualisées et une prise de conscience des communautés locales sont essentielles pour éviter que d’autres tragédies ne se reproduisent.

Source: https://scientias.nl/bouwwoede-in-himalaya-dalen-bijna-300-000-mensen-wonen-al-in-de-gevarenzone/

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