Un projet né d’une curiosité olfactive
Lorsque l’on sent une odeur, des molécules provenant de la source ont déjà pénétré dans nos narines. Sissi de Beer, physicienne à l’Université de Twente, a expliqué ce phénomène dans une vidéo diffusée par l’Université des Pays‑Bas. Elle y montre comment son équipe conçoit un nez électronique capable d’identifier des parfums grâce à des motifs moléculaires, à l’image de notre propre nez. Les commentaires qui ont suivi la vidéo ont rapidement dépassé les plaisanteries habituelles pour aborder des questions sérieuses : ce dispositif pourrait‑il détecter des maladies ? Pourrait‑il différencier des molécules en miroir ?
Détection précoce des pathologies animales
Le premier objectif du projet était de repérer, dès les premiers stades, des infections chez les poules, comme la gale du poulet ou des troubles intestinaux. Les vétérinaires sentent souvent les anomalies dès qu’ils entrent dans le poulailler, mais les éleveurs, habitués aux odeurs du quotidien, ne perçoivent plus ces signaux faibles. Un appareil portable, capable de « sentir » ces changements, permettrait d’éviter les visites incessantes du vétérinaire et d’intervenir avant que la maladie ne se propage.
Vers des applications humaines
Des chercheurs du monde entier travaillent déjà sur des nez électroniques destinés à identifier des cancers gastriques ou intestinaux chez l’homme. Contrairement à la biologie humaine, qui compte environ 300 récepteurs olfactifs, les prototypes de Sissi utilisent des capteurs nanométriques recouverts d’une couche de « nano‑cheveux ». Cette couche, d’environ 50 nm d’épaisseur, capte un grand nombre de molécules, augmentant la sensibilité, mais ralentit également le temps de réponse, qui passe de la seconde (chez les animaux) à plusieurs minutes.
Défis technologiques majeurs
Réduire l’épaisseur du revêtement tout en conservant une sensibilité élevée constitue le principal enjeu. Une couche plus fine accélérerait l’absorption et la libération des molécules, rendant la mesure quasi‑instantanée. Parallèlement, l’équipe explore les algorithmes d’apprentissage automatique les plus adaptés pour décoder les signatures olfactives complexes. L’objectif est de créer un système capable d’apprendre, de s’habituer aux odeurs de fond et de mettre en évidence les nouvelles odeurs, à l’instar de la façon dont notre nez s’habitue à son propre déodorant.
Perspectives d’intégration et d’innovation
Si les contraintes de taille et de vitesse sont résolues, le nez électronique pourrait être miniaturisé au point d’être intégré à des drones de surveillance agricole ou même à des smartphones. Imaginez un téléphone capable d’analyser l’air d’une pièce pour détecter la présence de composés toxiques ou de marqueurs biologiques. Une telle technologie ouvrirait la voie à une surveillance environnementale continue et à un dépistage médical non invasif, accessible à tous.
Réactions du public et implications sociétales
Les retours du public ont été étonnamment positifs. Au lieu de se limiter à des blagues sur les odeurs désagréables, les internautes ont posé des questions pertinentes sur les applications concrètes et les limites éthiques. Cette prise de conscience collective montre que la société est prête à accueillir des technologies qui transforment un sens aussi intime que l’odorat en un outil de santé publique.
Source: https://scientias.nl/waarom-een-elektronische-neus-moet-leren-vergeten-en-wat-hij-dan-kan-opsporen/