Une entraide inattendue chez les insectes

Dans le monde des colonies d’insectes, il n’est pas rare d’observer des comportements qui semblent défier la logique purement physique. Certaines fourmis, lorsqu’une compagne se retrouve ensevelie sous le sable, se mobilisent avec acharnement pour la libérer, tandis que d’autres passent à côté sans réagir. Cette disparité a longtemps intrigué les chercheurs, qui cherchaient à comprendre si la différence venait de la force musculaire, de l’énergie disponible ou d’un facteur plus subtil.

Une expérience de laboratoire révélatrice

Pour percer ce mystère, une équipe dirigée par la professeure Susanne Foitzik de l’Université de Göttingen a reproduit un scénario d’urgence dans une salle d’expérimentation. Une ouvrière était enfermée sous une fine couche de sable, et les autres membres de la colonie étaient libérés un à un pendant quinze minutes. Les individus qui s’approchaient, creusaient autour ou tiraient sur la victime ont été qualifiés de « secouristes », alors que ceux qui restaient indifférents ont été classés comme « non‑secouristes ».

Le cerveau des fourmis au microscope

Après avoir observé les comportements, les scientifiques ont prélevé les antennes et plusieurs zones cérébrales, notamment les lobes optiques et les centres appelés « mushroom bodies », réputés pour intégrer les informations sensorielles et piloter l’apprentissage. En extrayant l’ARN de ces tissus, ils ont comparé l’expression génétique entre les fourmis aidantes et leurs congénères passives grâce à un séquençage à haut débit.

Des gènes actifs, pas des muscles plus forts

Les résultats ont été surprenants : quinze gènes montraient une activité accrue chez les secouristes, parmi lesquels des gènes liés à l’olfaction, à la régulation hormonale, au métabolisme et à l’immunité. Au total, neuf gènes étaient significativement plus exprimés chez les fourmis qui intervenaient. Aucun écart notable n’a été détecté concernant la masse musculaire ou les réserves énergétiques, ce qui indique que la décision d’aider ne dépend pas d’une supériorité physique.

Le rôle inattendu du système immunitaire

Parmi les gènes sur‑activés, plusieurs appartiennent au système immunitaire. Chez les insectes, ces gènes ne se limitent pas à la défense contre les pathogènes ; ils influencent également le niveau d’activité, le sommeil et la propension à former des groupes. Les chercheurs suggèrent que les fourmis qui se risquent à sauver leurs compagnes pourraient être exposées à des blessures ou à des infections, d’où l’importance d’un système immunitaire renforcé dans ces moments critiques.

Une orchestration complexe de signaux

Il apparaît donc que l’entraide n’est pas déclenchée par un seul stimulus, mais résulte d’une interaction entre la perception d’un signal d’alarme, son traitement neuronal et des cascades moléculaires qui modulent la propension à agir. Cette découverte positionne les fourmis comme un modèle privilégié pour explorer les bases biologiques du comportement social complexe, ouvrant la voie à de nouvelles recherches sur l’altruisme chez les animaux.

Source: https://scientias.nl/waarom-niet-elke-mier-zin-heeft-om-een-soortgenoot-in-nood-te-helpen/#respond