Des chants d’oiseaux qui parlent notre langue
Une équipe de chercheurs japonais a découvert que les jeunes mouettes de mer, appelées meeuws au Japon, construisent leurs mélodies en suivant des règles statistiques étonnamment proches de celles qui gouvernent les langues humaines. En découpant les vocalisations en petites unités comparables à des syllabes, les scientifiques ont mis en évidence des séquences récurrentes qui obéissent à une distribution de Zipf, exactement comme on le retrouve dans le vocabulaire quotidien des humains.
Une méthode empruntée à la psychologie du bébé
Pour analyser le développement du chant, les chercheurs ont enregistré six mâles de Rissa tridactyla à différents âges, de 60 à 120 jours. Chaque enregistrement a été découpé en fragments sonores, puis soumis à un algorithme habituellement utilisé pour étudier l’acquisition du langage chez les nourrissons. L’idée était de vérifier si les jeunes oiseaux, tout comme les bébés, reconnaissent inconsciemment quelles combinaisons de sons apparaissent fréquemment ensemble.
Des motifs courts et fréquents, des chaînes longues et rares
Les résultats ont confirmé deux lois majeures. D’une part, un petit nombre de séquences sonores apparaît très souvent, tandis que la majorité des combinaisons sont rares – le fameux « effet Zipf ». D’autre part, les séquences les plus utilisées sont généralement plus courtes, alors que les combinaisons peu fréquentes tendent à être plus longues. Cette dualité rappelle la façon dont les mots courants comme « le » ou « et » sont courts, alors que les termes spécialisés s’allongent.
Un phénomène présent dès le plus jeune âge
Fait surprenant, la distribution de Zipf était déjà perceptible chez les très jeunes oiseaux, bien avant qu’ils ne maîtrisent un chant « adulte ». Au fil du temps, la forme de la distribution s’est accentuée, suggérant que l’apprentissage vocal affine progressivement les mêmes principes que ceux qui structurent le langage humain.
Contrôle rigoureux : le hasard n’explique rien
Pour s’assurer que ces motifs n’étaient pas le fruit du hasard, les chercheurs ont généré mille versions aléatoires des enregistrements, en mélangeant l’ordre des sons. Aucun de ces jeux de données artificiels n’a reproduit la distribution de Zipf observée dans les chants réels, confirmant que l’ordre précis des sons joue un rôle crucial.
Un pont entre oiseaux, baleines et humains
Cette découverte rejoint une étude antérieure menée sur les chants des baleines à bosse, où des structures similaires avaient déjà été repérées. Malgré des trajectoires évolutives très différentes, les oiseaux, les cétacés et les humains semblent converger vers des solutions optimisées pour la transmission d’informations vocales. Ces parallèles ouvrent de nouvelles perspectives sur la façon dont le langage, sous toutes ses formes, pourrait émerger de contraintes cognitives et communicatives communes.
En somme, les mouettes japonaises offrent un laboratoire naturel où l’on peut observer, en temps réel, les lois mathématiques qui sous-tendent la construction du son, qu’il s’agisse d’un chant d’oiseau, d’un cri de baleine ou d’une phrase humaine.
Source: https://scientias.nl/van-vogels-tot-walvissen-deze-taalpatronen-duiken-steeds-weer-op/#respond