Une décision vitale pour les jeunes abeilles
Chez la petite abeille creuse Megalopta genalis, chaque femelle qui atteint l’âge adulte se trouve face à un carrefour décisif. Elle peut rester au sein du nid, assister sa mère dans l’élevage des futures générations, ou bien s’aventurer hors du nid pour fonder sa propre colonie. Cette bifurcation, qui semble simple à première vue, est en réalité orchestrée par des signaux chimiques très subtils émis par la reine.
Le rôle central des phéromones
Une équipe de chercheurs du Smithsonian Tropical Research Institute et de l’Université de Princeton a passé plusieurs années sur l’île Barro Colorado, au Panama, à observer des centaines de nids artificiels installés dans le milieu naturel des abeilles. En combinant l’observation comportementale avec des analyses de gaz chromatographiques et de spectrométrie de masse, ils ont identifié les composés volatils présents sur le corps de la reine. Ces composés, appelés phéromones, transmettent deux messages essentiels aux jeunes ouvrières.
Premièrement, les phéromones inhibent le développement des ovaires chez les filles, les rendant moins aptes à la reproduction immédiate. Deuxièmement, la concentration de ces substances reflète la santé et la fertilité de la reine. Ainsi, lorsqu’une reine produit une forte dose de phéromones, les jeunes abeilles perçoivent un environnement stable et prospère, ce qui les incite à rester et à aider. À l’inverse, une faible production signale une possible faiblesse ou un manque de ressources, poussant les filles à quitter le nid pour tenter leur chance ailleurs.
Implications pour l’évolution sociale
Ce phénomène représente la première fois qu’un phéromone de reine est documenté chez une espèce capable de vivre à la fois en solitaire et en petite colonie. Cette flexibilité offre un aperçu précieux sur la façon dont les premières formes de coopération pourraient avoir émergé chez les insectes. Selon Bill Wcislo, co‑auteur de l’étude, les signaux chimiques comme ceux‑ci auraient pu stabiliser les premières sociétés d’insectes, favorisant la transition d’une vie individuelle à des structures sociales plus complexes.
Un suivi inédit sur le terrain
Un aspect novateur de la recherche réside dans le fait que les scientifiques ont pu analyser les mêmes individus à différents moments de leur vie, directement sur le terrain. Cette approche a permis de tracer l’évolution des profils chimiques au fil du temps, offrant une dynamique rarement accessible dans les études sur les insectes sauvages.
En somme, les phéromones de la reine fonctionnent comme un « coach » chimique, guidant les jeunes abeilles vers la stratégie la plus adaptée à leur contexte. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension des mécanismes qui sous-tendent la coopération et la division du travail dans le règne animal.
Source: https://scientias.nl/blijven-of-vertrekken-groefbijen-laten-zich-verleiden-door-geur/#respond