Une découverte inattendue dans les Rocheuses
Des biologistes de l’Université d’Ottawa ont récemment mis en lumière une particularité génétique surprenante chez le crapaud du Nord (Anaxyrus boreas) vivant dans les provinces alpines canadiennes. En parcourant les lacs, marais et zones humides d’Alberta et de la Colombie‑Britannique, ils ont prélevé des spécimens tant adultes que larvaires afin d’analyser leur ADN avec des méthodes de séquençage de pointe. Les résultats, publiés dans la revue Diversity and Distributions, démontrent que les populations situées de part et d’autre de la chaîne des Rocheuses diffèrent bien plus que ce que la simple observation comportementale laissait entendre.
Deux comportements, deux morphologies
Longtemps, les chercheurs distinguaient les crapauds en deux groupes : ceux qui émettent un appel sonore grâce à une sac vocal développé, et leurs homologues muets, dépourvus de cet organe. Les premiers habitent principalement le versant est de la cordillère, tandis que les secondres occupent le côté ouest. Cette dichotomie comportementale a longtemps servi d’indicateur écologique, mais n’était pas considérée comme le reflet d’une divergence évolutive profonde.
Un génome qui raconte une histoire
L’analyse génétique a révélé des milliers de variations nucléotidiques distinctes entre les deux groupes. Les crapauds de l’Est forment ainsi un cluster génétique isolé, suggérant une barrière de reproduction efficace créée par les montagnes. Plus surprenant encore, les scientifiques ont identifié une troisième lignée, jusque‑maintenant inconnue, localisée au sud‑est de la Colombie‑Britannique et au sud de l’Alberta, avec une possible extension jusqu’au Montana. Cette découverte indique que la biodiversité amphibienne du Canada recèle encore de nombreux secrets.
Conséquences pour la protection de l’espèce
Les autorités canadiennes s’inquiètent depuis plusieurs années du déclin du crapaud du Nord, espèce pivot du bon fonctionnement des écosystèmes humides. La mise en évidence d’une population génétiquement unique en Alberta renforce l’urgence d’un suivi ciblé et d’actions de conservation spécifiques. La perte de cette zone signifierait non seulement l’extinction locale d’un patrimoine génétique, mais également la disparition d’une portion de l’histoire évolutive de l’espèce.
Vers la reconnaissance d’une sous‑espèce ?
Les auteurs de l’étude envisagent désormais d’évaluer la capacité de reproduction croisée entre les différents groupes. Si les croisements s’avèrent peu fructueux, la population de l’Est pourrait être officiellement classée comme une sous‑espèce, voire une espèce à part entière. Un tel statut aurait des répercussions majeures sur les stratégies de gestion, les financements de recherche et la sensibilisation du public à la préservation des amphibiens.