Une accusation qui fait trembler l’industrie des semi‑conducteurs

Le ministre du Commerce américain, Howard Lutnick, aurait indiqué à plusieurs cadres supérieurs d’ASML que l’une des machines à lithographie extrême ultraviolet (EUV) de la société néerlandaise aurait pu finir en Chine. Cette allégation, relayée par Bloomberg, soulève des questions cruciales sur le respect des restrictions à l’exportation instaurées depuis l’administration Trump afin d’empêcher le transfert de technologies de pointe vers Pékin.

Les preuves avancées par Washington

Des responsables du gouvernement américain affirment disposer d’éléments montrant que des composants liés à l’EUV ainsi que du matériel de transport auraient transité vers la Chine. Aucun de ces documents n’a toutefois été rendu public, ni aux médias, ni à ASML. Le géant néerlandais nie catégoriquement la présence de ses équipements EUV sur le territoire chinois, rappelant qu’il ne commercialise jamais ce type de machine à l’étranger.

Pourquoi cette affaire dépasse le cadre technique

ASML n’est pas un nom familier du grand public, mais il constitue l’épine dorsale de la chaîne d’approvisionnement des puces les plus avancées. Les systèmes EUV sont les seuls capables de graver les motifs nanométriques indispensables aux processeurs de dernière génération, utilisés par TSMC pour fabriquer les puces d’Apple, Nvidia et d’autres acteurs majeurs de l’intelligence artificielle. Aucun concurrent ne propose aujourd’hui de technologie équivalente, ce qui confère à ASML un monopole quasi‑total et une valorisation boursière avoisinant les 700 milliards de dollars.

Les implications géopolitiques d’une fuite éventuelle

Si même une seule machine EUV se retrouvait entre les mains de la Chine, cela représenterait une violation sans précédent du régime de contrôle des exportations mis en place par les États‑Unis. Un tel incident pourrait accélérer le développement de capacités de fabrication de puces avancées par Pékin, réduisant l’écart technologique qui sépare désormais la Silicon Valley et la Chine.

La défense d’ASML

Lors d’une interview avec le directeur général Christophe Fouquet, le dirigeant a expliqué que chaque machine vendue était soigneusement suivie, soit en utilisation active chez le client, soit désassemblée et renvoyée à l’usine. L’entreprise aurait d’ailleurs instauré un « pare‑feu interne » isolant les employés autorisés à manipuler les connaissances EUV de ceux qui travaillent avec le personnel chinois. Selon Fouquet, la complexité du générateur de lumière EUV, résultat de vingt ans de recherche, rend impossible toute tentative de reverse‑engineering sans disposer préalablement d’une unité fonctionnelle.

Il a également rappelé que ASML commercialise en Chine des équipements de lithographie ultraviolette profonde (DUV), moins avancés, afin de maintenir un écart technologique tout en conservant une part de marché autorisée. Cette stratégie, selon lui, évite de fournir à la Chine des capacités de production futures tout en respectant les licences d’exportation.

En résumé, la question de la possible présence d’une machine EUV d’ASML en Chine reste ouverte et fortement politisée. Le débat met en lumière l’intersection entre innovation technologique, monopole industriel et rivalités géostratégiques à l’ère de l’IA.

Source: https://techcrunch.com/2026/06/19/the-us-says-asmls-top-chip-tool-may-be-in-china-asml-says-it-isnt/

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