Un portrait inattendu
Alfred Dellentash, aujourd'hui quinquagénaire moustachu vêtu d'une chemise hawaïenne éclatante, a longtemps vécu dans l'ombre du glamour aérien. Il a bâti, avant même d'atteindre la trentaine, un empire de location d’avions privés qui a séduit les géants du rock – les Rolling Stones, Kiss ou encore le Grateful Dead – et, simultanément, a servi de façade à un réseau de contrebande de drogue reliant la Colombie de Pablo Escobar à la mafia Gambino de New York.
Le business des nuages
Dans les années 1970, Dellentash contrôlait trois Convair, deux hélicoptères et un Boeing 707. Ses clients pouvaient, contre une somme astronomique, embarquer à bord de ces appareils luxueux, parfois escortés de modèles Playboy. Cette combinaison de richesse ostentatoire et de discrétion a attiré l'attention des médias, comme le montre un article de People de 1978 qui titrait : « Touring rock stars go to Al Dellentash when they really want to get high ». L’auteur du titre jouait avec le double sens du mot « high » – l’ivresse musicale et l’altération chimique.
Le côté sombre du vol
Parallèlement, Dellentash jouait les passeurs aériens. Des cargaisons de cocaïne, dissimulées dans les soutes des jets, traversaient l’Amérique du Sud pour atteindre les rues new-yorkaises. Les enquêtes ont révélé que son entreprise n’était qu’une façade pour la plus grande saga de trafic aérien jamais documentée. Bien que les rumeurs l’aient lié à des affaires aussi sensationnelles que le vol de D.B. Cooper ou les opérations secrètes de la CIA, la vérité se situe dans le mélange savant du luxe et du crime organisé.
La chute et la résurrection
En 1984, Dellentash est arrêté et inculpé de conspiration criminelle. Son procès – suivi de près par la presse – le voit condamner à vingt‑cinq ans de prison, dont il purge essentiellement cinq. Après sa libération, il se retire dans un petit bureau entouré de trophées de ventes de voitures, où il travaille désormais comme manager musical pour des artistes des années 80 comme Meat Loaf et les Bay City Rollers.
Rencontre inédite
Lors d’une entrevue dans un showroom automobile de Los Angeles, l’auteur décrit l’allure du protagoniste : des chaussures italiennes coûteuses, une moustache taillée, des lunettes rondes. Malgré les rumeurs de chirurgie plastiques pour changer d’identité, aucun signe de modification n’est visible. Dellentash garde néanmoins un souvenir douloureux de son passé, avouant que ses souvenirs sont cloisonnés, rangés dans un coin obscur de son esprit.
Cette interview constitue la première conversation longue depuis sa sortie de prison, offrant aux lecteurs un aperçu rare d’une vie où le ciel a servi à la fois de scène de concert et de couloir de contrebande.
Source: https://www.narratively.com/p/the-man-who-got-america-high-4ce