Le modèle hybride de Sabertooooth Capital
En 2023, Justin Ernest a détecté une brèche dans l’écosystème du capital-risque : les family offices et petites institutions étaient avides d’investir dans les scale‑ups d’IA les plus prometteuses, mais ils n’avaient aucun accès aux tableaux de capital. Fort de cinq années passées chez Playground Global, où il a accompagné le financement de deep‑tech, Ernest a décidé de combler ce vide sans passer par la création d’un fonds traditionnel, processus qui peut durer entre douze et dix‑huit mois.
Un besoin non satisfait
Les investisseurs institutionnels de taille moyenne recherchent des parts dans des sociétés comme Anthropic ou Databricks, pourtant les tours de table restent réservés aux grands fonds. Ernest a alors exploité son réseau – à la fois avec des fondateurs et des capital‑rassembleurs – pour sécuriser des allocations d’actions dans ces entreprises en phase tardive, puis proposer ces parts à une trentaine d’investisseurs via des véhicules spécialisés.
La mécanique des SPV et des structures à actif unique
Plutôt que de monter un fonds classique, Sabertooth Capital utilise des SPV (Special Purpose Vehicles), des fonds à actif unique et des structures de nominee. Dans le dernier cas, Sabertooth détient les titres au nom des investisseurs, simplifiant la gestion et éliminant les frais habituels des SPV. Chaque opération est traitée comme un mini‑fonds : les participants achètent des parts du véhicule qui possède les actions de la startup cible.
Des placements massifs sans fonds traditionnel
En douze mois, Sabertooth a investi près de 500 millions de dollars dans dix sociétés, dont Anthropic, Base Power, Databricks, PsiQuantum et SpaceX. Les tickets varient de 10 à 275 millions, ce qui lui confère des blocs d’actions conséquents et une présence officielle dans les tours de financement approuvés par les entreprises concernées. Cette approche a permis à des family offices, traditionnellement cantonnés aux placements privés, de devenir co‑investisseurs dans des projets de très haute technologie.
Confiance et légitimité auprès des family offices
Le professionnalisme d’Ernest a rapidement séduit les gestionnaires de patrimoine. Benjamin Wagner, CIO d’un family office, souligne que « Justin est un investisseur authentique, doté d’un jugement technique qui le démarque des agrégateurs de capitaux ». Lorsque Wagner a tenté d’investir directement dans PsiQuantum, le CFO de la startup l’a redirigé vers Sabertooth, confirmant la crédibilité du dispositif. Cette reconnaissance par les entreprises ciblées rassure les LPs, surtout à une époque où certaines startups, comme Anthropic, renforcent la surveillance des SPV non autorisés.
Vers un fonds de capital‑risque classique ?
Malgré le succès de ce modèle ponctuel, Ernest garde l’ambition de lever un fonds de capital‑risque traditionnel. Il estime que les performances tirées des SPV « single‑asset » constituent une preuve de concept solide et un historique que les investisseurs recherchent avant d’engager des capitaux sur plusieurs années. En attendant, il capitalise sur son rôle de « noyau du réseau », capable de mobiliser rapidement des engagements de ses LPs grâce à quelques appels téléphoniques seulement.