Une découverte qui remet en cause 30 ans d’histoire

En 1990, des pêcheurs espagnols remontent à la surface deux gros objets métalliques capturés dans leurs filets, à seulement six mètres de profondeur au large de Benicarló. Ces pièces, fastidieusement collées les unes aux autres par la corrosion, s’avèrent être 43 casques en fer… La collection la plus importante jamais retrouvée dans la partie occidentale de la Méditerranée.

Un mystère romain qui se dissipe

Pendant trois décennies, les archéologues ont interprété ces casques comme appartenant à l’époque romaine, notamment parce que le même site avait livré des ancres et des casques plus anciens. Pourtant, la morphologie des pièces présentait des contradictions : certains traits rappelaient les modèles tard‑romains, d’autres évoquaient clairement des conceptions médiévales.

La clé : des tissus préservés au cœur de la rouille

Le déclic est survenu lorsqu’une fine couche de tissu organique a été découverte à l’intérieur de quelques casques. Le sable et la corrosion avaient créé une sorte de « croûte protectrice », empêchant la décomposition du textile pendant plusieurs siècles. Grâce à la datation au carbone 14, cinq échantillons ont été analysés dans deux laboratoires distincts. Quatre d’entre eux se situent au tournant du XVe siècle, tandis que le cinquième, plus jeune, résulte probablement d’une contamination postérieure.

Implications commerciales et militaires

Ces résultats prouvent que les armements en fer étaient produits en grand nombre et transportés sur de vastes réseaux commerciaux. Les chercheurs imaginent une route maritime reliant la côte de Valence aux cités portuaires du nord de l’Italie, comme Gênes. Ce commerce d’objets militaires indique une Méditerranée du XVe siècle bien plus dynamique que ce que les études antérieures laissaient supposer.

Un contexte de piraterie et de fortifications

À la même période, la côte valencienne subit une vague d’attaques de pirates. Les villes côtières érigeaient des tours de guet, renforçaient leurs murailles et formaient des milices locales. Les casques retrouvés étaient probablement destinés à ces défenseurs, aux troupes du royaume valentin ou à des groupes armés chargés de protéger les routes maritimes.

Cette redéfinition chronologique transforme non seulement la compréhension du site de Piedras de la Barbada, mais ouvre également une nouvelle perspective sur les échanges militaires et les stratégies de défense en Méditerranée à la fin du Moyen Âge.

Source: https://scientias.nl/romeinse-helmen-uit-zee-blijken-eeuwen-jonger-dan-gedacht/