Des mâles créatifs au cœur de la ville

Dans la cité tropicale de Townsville, au nord-est de l’Australie, les mâles d’une espèce de corbeaux appelés prielvogels ont développé un comportement étonnant : ils construisent des tunnels décoratifs, appelés prieletas, à partir d’objets jetés par l’homme. Ces structures fonctionnent comme de véritables scènes où les mâles exhibent leurs plumes et projettent des objets scintillants pour attirer les femelles.

Une étude qui révèle l’impact du polluant

Des chercheurs de l’Université d’Exeter ont comparé 61 prieletas, 35 en zone urbaine et 26 en milieu rural, afin d’évaluer la différence de composition matérielle. Au total, 3 782 objets ont été recensés et analysés en tenant compte de la perception des couleurs chez les oiseaux, qui dépasse souvent la nôtre.

Les résultats montrent que les oiseaux citadins utilisent en moyenne 93 objets par priel, contre seulement 20 dans les zones agricoles. Les matériaux urbains sont plus volumineux, plus colorés et surtout d’origine humaine : verre vert, fil rouge, plastiques, même des contenants de médicaments ou des masques fluorescents provenant d’un hôpital voisin. Un cas frappant a même révélé la présence de menottes suspendues à l’une des structures.

Le spectacle de séduction

Le rituel commence lorsqu’une femelle entre dans le tunnel. Le mâle saisit un objet, le projette dans le champ visuel de la femelle, puis exhibe ses plumes simultanément. Il répète l’opération en succession rapide, chaque nouvel objet renforçant l’impression de richesse et de créativité. Plus le décor est éclatant, plus les chances que la femelle reste et s’accouple augmentent.

Lors d’une seconde phase expérimentale, les mâles de chaque habitat ont été invités à choisir parmi vingt objets – dix urbains et dix ruraux. Tous ont préféré les matériaux urbains, suggérant une préférence innée pour les objets brillants et persistants, bien que leur disponibilité soit plus élevée en ville.

Conséquences et perspectives

Les chercheuses Caitlin Evans et Laura Kelley soulignent que la présence de ces déchets influence clairement le comportement de séduction des prielvogels. Elles n’affirment pas encore si cet effet est bénéfique ou néfaste pour la population aviaire. D’un côté, le verre ou le plastique résistent longtemps, offrant un décor durable ; de l’autre, l’exposition à des matériaux non naturels pourrait entraîner des risques d’ingestion ou de blessures.

Cette recherche ouvre de nouvelles interrogations sur la façon dont les activités humaines modifient les rituels de reproduction de la faune urbaine, et incite à repenser la gestion des déchets pour préserver la biodiversité des villes.

Source: https://scientias.nl/meer-glas-dan-groen-prieelvogels-in-de-stad-bouwen-hun-prielen-vooral-met-ons-afval/

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