Un phénomène migratoire qui se décale
Après plus d’un quart de siècle d’observations sur l’île de Vancouver, les scientifiques ont constaté que les buses à tête rouge, ces rapaces omniprésents dans les paysages nord‑américains, attendent davantage avant de s’élancer vers le sud. Les relevés, étalés de 1999 à 2023, révèlent que le pic de la traversée de l’étroit détroit de Juan de Fuca se décale d’environ un à deux jours tous les dix ans, soit près de quatre jours sur toute la période étudiée.
Une augmentation spectaculaire des effectifs
Non seulement le timing change, mais les effectifs gonflent de façon impressionnante. Les « kettles », ces nuées d’oiseaux qui planent dans des colonnes de thermiques, sont aujourd’hui 2,8 fois plus nombreuses qu’au début du millénaire. Cette hausse s’accompagne d’une présence plus régulière de ces rapaces dans la zone d’observation, suggérant une colonisation accrue du littoral ou une meilleure survie des jeunes individus.
Comment les données ont été collectées
Le Rocky Point Bird Observatory, situé à l’extrémité sud de l’île, a servi de point de comptage privilégié. Chaque jour, les observateurs estimaient le nombre d’oiseaux en vol, notaient le moment du décollage, le sommet de l’activité et la décélération progressive. Malgré une année sans accès militaire en 2007, le suivi a continué grâce à une méthodologie robuste, permettant de dégager des tendances fiables sur plus de deux décennies.
Le rôle possible du réchauffement climatique
Les chercheurs avancent que le climat joue un rôle central. Des automnes plus doux favorisent une prolongation de la période de reproduction, incitant les oiseaux à rester plus longtemps dans leurs aires de nidification. Par ailleurs, la formation de courants thermiques au‑dessus de l’eau, cruciale pour le décollage, dépend des conditions atmosphériques qui évoluent avec le réchauffement. Un vent moins turbulent ou des poches d’air chaud plus fréquentes pourraient expliquer le report de la migration.
Implications pour la conservation
Ces observations ne sont pas uniquement académiques. Elles offrent un modèle de suivi applicable à d’autres espèces de rapaces qui évitent les grands plans d’eau ou les reliefs escarpés. En identifiant les points de rassemblement clés, les naturalistes peuvent détecter tôt les changements de comportement liés à l’environnement et ajuster les stratégies de protection.
Source: https://scientias.nl/noord-amerikaanse-roodkopgieren-blijven-steeds-langer-hangen-in-canada/