Des chiffres encourageants, mais une réalité alarmante
Les dernières statistiques donnent l’impression d’un revirement positif : grâce à une série d’accords signés entre gouvernements, multinationales et ONG, le taux de déforestation dans la partie brésilienne de l’Amazonie a nettement reculé depuis le début des années 2000. Les grandes cultures de soja, les conglomérats de l’élevage et les programmes fédéraux ont tous adopté des engagements visant à empêcher l’abattage d’arbres pour élargir les champs ou les pâturages.
Déforestation vs dégradation : deux phénomènes distincts
Pour comprendre l’écart entre ces bonnes nouvelles et la détérioration persistante du puits de carbone, il faut différencier la déforestation de la dégradation. La première correspond à la suppression totale du couvert arboré, généralement pour créer des surfaces agricoles. La seconde, plus subtile, désigne un affaiblissement du fonctionnement du bois : incendies invisibles sous le feuillage, fragmentation des lisières, élévation de la température du sol et perte de biodiversité. Ces dommages s’accumulent sans forcément apparaître dans les coupes de terrain.
Les quatre grands leviers politiques analysés
Une équipe internationale a évalué l’impact de quatre instruments mis en place dans les États de Pará, Rondônia et Mato Grosso entre 2010 et 2019 :
- Le moratoire sur le soja (2006), qui interdit l’achat de soja provenant de terrains récemment défrichés.
- L’accord G4 (2009) entre les plus gros abatteurs de viande et Greenpeace, interdisant le bétail issu de terres illégalement défrichées.
- Les accords TAC, procédures judiciaires visant à réparer les dommages déjà causés par des entreprises individuelles.
- Le programme des municipalités prioritaires, plaçant les communes les plus coupables sur une « liste noire » et suspendant leurs crédits agricoles.
Les résultats sont sans appel : les quatre mécanismes ont réduit la déforestation, mais ils n’ont presque jamais freiné la dégradation. Les feux de brousse, l’exploitation du bois et la fragmentation ont continué, parfois même intensifiés. Notamment, l’accord G4 a paradoxalement engendré une hausse de l’exploitation forestière, les acteurs de l’élevage réorientant leurs activités vers la coupe illégale.
Le seul espoir : le programme municipal revisité
Le seul instrument qui a montré un effet limité sur la dégradation était le programme des municipalités prioritaires, et seulement durant les années de sécheresse extrême de 2015‑2016. En 2023, le dispositif a été élargi pour sanctionner les communes sur la base de leurs performances en matière de dégradation, mais les données de l’étude s’arrêtent en 2019 et ne permettent pas d’évaluer l’efficacité de ce pivot.
Impacts climatiques et perspectives
La perte de biomasse due à la dégradation représente trois fois plus de carbone que la coupe pure, aggravant le réchauffement planétaire. Les forêts transformées en « cimetières d’arbres vivants » continuent d’émettre du CO₂ pendant des décennies, compromettant les engagements nationaux de réduction des émissions. Sans mesures ciblant explicitement la santé du sous‑couche forestière, les gains obtenus sur la simple surface arborescente resteront symboliques.
En définitive, la lutte contre la déforestation ne suffit pas à préserver l’Amazonie. Il faut désormais des politiques capables de surveiller, de prévenir et de restaurer la dégradation, afin de conserver la résilience écologique de ce biotope crucial.
Source: https://scientias.nl/ontbossing-neemt-af-maar-het-echte-verlies-in-de-amazone-niet/