Une fissure qui s'amincit plus rapidement que prévu

Les géologues ont récemment mis en lumière une particularité étonnante de la croûte terrestre sous l'est de l'Afrique. Dans la région de Turkana, au nord-ouest du Kenya, la couche cristalline, constituant l'ossature rocheuse sous les sédiments, ne mesure que 13 kilomètres d'épaisseur à certains endroits, contre plus de 30 kilomètres aux limites du bassin. Cette minceur remarquable place Turkana aux côtés de la zone d'Afar en Éthiopie, réputée pour ses processus d'ouverture quasi océaniques.

Comprendre le phénomène de « necking »

Les plaques tectoniques se déplacent continuellement, se heurtent ou s'écartent. Lorsqu'une zone subit une forte tension, elle passe d'une phase d'étirement généralisé à une concentration localisée de contraintes, où la croûte devient progressivement plus fine. Cette étape intermédiaire, appelée « necking » par les spécialistes, était jusqu'alors observée uniquement à travers des archives géologiques passées. L'étude publiée dans Nature Communications fournit la première observation directe de ce stade, remontant à environ quatre millions d’années, soit un intervalle géologique très court.

Une histoire tectonique marquée par les faiblesses

Longtemps avant l'activation de la faille actuelle, la région avait déjà connu une précédente fissure qui avait fragilisé la lithosphère. Des éruptions volcaniques majeures, suivies de l'accumulation de magmas, ont ensuite accentué cette vulnérabilité, rendant la plaque encore plus sensible aux forces d'extension. Le résultat : une croûte d'une minceur exceptionnelle, trois fois plus fine que celle observée dans la plupart des zones de faille active, comme le lac Baïkal en Sibérie ou le Rio Grande aux États-Unis.

Des conséquences pour la paléontologie

La région de Turkana n'est pas seulement célèbre pour ses reliefs tectoniques ; elle constitue également l'un des sites les plus riches en fossiles d'homininés. Des espèces telles qu'Australopithecus anamensis, Homo habilis, Homo erectus ou Paranthropus boisei y ont été découvertes, de même que les plus anciens outils en pierre jamais retrouvés. Les chercheurs expliquent que le passage au « necking » a créé un vaste bassin où les sédiments se sont déposés de façon continue. Cette accumulation a permis d'enterrer rapidement les restes biologiques, les préservant ainsi des forces d'érosion. En l'absence d'un tel environnement, de nombreux spécimens auraient probablement disparu.

Quel avenir pour le continent ?

Bien que la faille de Turkana s'amincisse à un rythme accéléré, il n'y a pas de raison d'alarmer les populations locales. La formation d'un nouvel océan entre les deux moitiés du continent reste un processus qui s'étendra sur des millions d'années. Néanmoins, la présence simultanée de deux zones où le processus de rupture est à l'œuvre souligne que le phénomène ne s'arrêtera pas de sitôt. Pour les scientifiques, cela représente une opportunité exceptionnelle d'étudier en temps réel les mécanismes qui façonnent notre planète.

Source: https://scientias.nl/afrika-scheurt-sneller-open-dan-gedacht-en-dat-is-goed-nieuws-voor-de-wetenschap/