Quand la chaleur perturbe le cycle du carbone en rivière

Les petites rivières et les ruisseaux forestiers constituent le socle alimentaire de nombreux écosystèmes aquatiques. Les feuilles, les brindilles et l’écorce qui tombent dans l’eau sont décomposées par une multitude de micro‑organismes et d’insectes aquatiques. Cette dégradation libère de l’énergie sous forme de matière organique, qui alimente ensuite les poissons et les prédateurs supérieurs. Cependant, des chercheurs de la Northern Arizona University ont découvert que la hausse des températures de l’eau modifie considérablement ce processus.

Une expérimentation à petite échelle

Pour tester l’influence de la température, les scientifiques ont construit un « mini‑ruisseau » dans une serre de l’Arboretum de Flagstaff. Quarante‑huit micro‑bacs contenant des feuilles ont été répartis en trois zones : froide, tempérée et chaleureuse. Pendant deux ans, ils ont surveillé la décomposition de feuilles provenant de deux espèces, l’une à dégradation rapide, l’autre plus lente. En « marquant » le carbone des feuilles avec un isotope rare, ils ont pu mesurer précisément où ce carbone finissait – dans les microbes, les insectes ou sous forme de CO₂.

Des résultats surprenants

Les données révèlent que, dans l’eau chaude, les micro‑organismes fragmentent les feuilles plus rapidement, mais avec une efficacité moindre. À basse température, une part importante du carbone est convertie en biomasse microbienne, renforçant ainsi la chaîne alimentaire. En revanche, à des températures élevées, une plus grande fraction de carbone est relâchée sous forme de dioxyde de carbone, réduisant la quantité disponible pour la construction de nouvelles cellules.

Chez les insectes, le tableau est plus nuancé. Leur absorption de nourriture augmente parfois avec la chaleur, mais leur croissance ne suit pas toujours cette tendance. Le pic d’efficacité alimentaire se situe autour de 9 °C ; au‑delà, ils consomment davantage sans que cela se traduise par une prise de masse notable.

Implications pour les poissons et les pêcheries

Le scientifique principal, Michael Zampini, souligne que ces mécanismes entraînent une perte d’énergie globale du système. « À des températures élevées, les organismes consacrent davantage de carbone à la respiration, laissant moins de ressources pour soutenir le réseau trophique », explique‑t‑il. Cette réduction de la productivité primaire se traduit par une moindre disponibilité de nourriture pour les poissons, menaçant non seulement la biodiversité locale mais aussi les activités de pêche qui en dépendent.

En somme, le réchauffement des ruisseaux retire une partie du carburant qui nourrit les réseaux aquatiques. Si la tendance se maintient, les populations de poissons pourraient décliner, entraînant des répercussions économiques et écologiques majeures.

Source: https://scientias.nl/ecosystemen-in-het-nauw-warmere-beken-produceren-minder-voedsel-voor-fissen/

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